Ces chansons d’Afrique qui partaient d’un bon sentiment…

par / Aucun commentaire / 31 octobre 2016

La WANATeam vous propose un voyage musical à travers des tubes populaires en France et/ou en Europe, ces chansons qui partaient d’un bon sentiment pour valoriser les cultures du continent africain mais qui ont, à notre humble avis, servi à entretenir des clichés la desservant. Ce sont des morceaux que nous apprécions mais qui parfois nous ont mis mal à l’aise à certaines soirées ! “Bah alors Mamadou, tu danses pas, c’est de la musique de chez toi !” Pour ces moments de gêne, nous filons quelques taquets (amicaux) à ces chansons qui ont également fait du tort à leur interprète !

Rose Laurens – Africa – (1982) 

La chanson « Africa » restera comme le plus grand succès de la chanteuse française Rose Laurens. Censée représenter un message d’amour de la terre d’Afrique de la part d’une femme « blanche » de peau  -et donc l’ouverture d’esprit face à des cultures différentes-, le texte quant à lui est une compilation de clichés qui collent à la peau du continent.

Après réécoute, le champ lexical tout au long de la chanson montre sûrement l’Afrique telle qu’elle est perçue à cette époque (« terre sauvage » ; « sorcier vaudou » ; « gris-gris » ; « au son des tam-tams » ; « parfum de magie » ; « danse pied nus sous un soleil rouge » ; « panthère ou gazelle » ; « à l’ombre des cases » ; « ma tribu » ). On ne va pas répéter ici que l’Afrique ne représente pas que cela mais pour beaucoup le mot « Africa » est lié à cette chanson qui a été élevée au rang de numéro 1 à l’époque, un morceau pour lequel notre amie Rose Laurens a eu les portes du show business et de la notoriété ouvertes jusqu’aujourd’hui. Un joli succès, rappelant de beaux souvenirs aux nostalgiques des années 80, mais qui nous dérange un petit peu aujourd’hui.

Yannick Noah- Saga Africa (Ambiance Secousse) – (1991)


C’est peut être la chanson la plus symbolique de notre article. Saga Africa est objectivement un morceau génial de la part de Yannick Noah. Pour son premier album musical, l’ancienne star du tennis rend hommage à l’épopée des Lions Indomptables lors Mondiale italien sur des rythmes de makossa et de soukouss, chères à son pays d’origine le Cameroun. L’instrumentale est bien recherchée, entre sample d’un morceau hip hop du groupe Snap et mélanges de sonorités ouest-africaines qui seront reprises plus tard par le légendaire artiste guinéen Mory Kanté dans « I Wouli Da Kon Te ». Saga Africa est donc un tube qui aurait pu offrir ce qu’il y a de meilleur dans l’Afrique. Et puis il y a eu ce clip…

La caricature parfaite personnifiée en un peu moins de 4 minutes ! Le tribalisme du décor, la posture quasi parodique d’un Noah à l’accent camerounais très prononcé et cette chenille qui sera pendant des années et encore aujourd’hui- dans de nombreuses fêtes de famille- la version « africaine » du très kitsch « La queuleuleu » de Bézu. Une image qui collera à la peau de Noah qui mettra presque une décennie à s’en défaire pour l’explosion définitive de sa carrière artistique.

Faudel – Tellement n’ brick (Tellement je t’aime) – (1997)

En 1997, un gamin de 19 ans, Faudel, né et grandi à Mantes-la-Jolie, accède au Top 50 avec son tube Tellement N’Brick (Tellement je t’aime). Titre phare de son premier album, Baïda, qui sera vendu à près de 300 000 exemplaires. Dans la foulée, le petit prince du Raï reçoit en 1999 le titre de “Révélation de l’année” aux Victoires de la musique. De très nombreux jeunes adolescents français d’origine maghrébine se reconnaissent en Faudel. Il devient une figure mythique de la scène Raï à la fin du XXème siècle. Pourtant, cette chanson n’a, avec le temps, fait du bien qu’à son interprète, et encore… Plus jamais Faudel ne chantera une chanson aussi populaire, plus jamais les Maghrébins de France ne voudront être assimilés à cette chanson, plus jamais le Raï ne s’en relèvera !

L’année 1998, année Black, Blanc, Beur. Grâce à un double coup de tête de Zinedine Zidane en finale de la coupe du monde de football, jamais les “Arabes” n’avaient eu autant la cote ! Résultat, 26 septembre à Paris, plus de 17000 spectateurs affluent au Palais omnisports de Bercy pour applaudir 1, 2, 3, Soleil. Un groupe qui réunit Khaled, Rachid Taha et le jeune Faudel avec un orchestre de 53 musiciens. Le mouvement Raï est à son paroxysme, mais qui dit paroxysme dit début du déclin… Le succès de Faudel, petit « rebeu » de cité française qui assume pleinement ses origines algériennes en les exprimant à travers la musique ne fut possible qu’en cette (courte) période de tolérance globale en France. Malgré l’album Nouar de Cheikha Rimitti en 2000, les succès de Cheb Mami en 2003-2004, le Raï ne se relèvera plus jamais après les succès de Cheb Faudel. Pas franchement aidé par le 11 septembre 2001, ni par l’émergence du Raï’n’B (pourquoi cette m….).

Magic System (2000-)

Le collectif ivoirien est, depuis plus de quinze ans, l’un des meilleurs ambassadeurs musicaux du continent africain en Europe.  Depuis le classique des classiques “1er Gaou” que nous avons placé parmi les chansons qui ont marqué l’histoire des musiques africaines, le groupe enchaîne les tubes. Oui mais à quel prix ?

Entre les collaborations raï’n’b et de variétés qui surgissent (très souvent) durant l’été, à croire qu’ils ne chantent qu’une saison sur 4, les Magic System font office de “caution africaine” du top 50. Quitte à caricaturer la musique continentale avec leurs chœurs à l’accent prononcé sur des instrumentales qui n’ont rien à voir avec des sonorités africaines comme l’atteste par exemple “Ambiance à l’africaine”.

Enlevez la voix de nos magiciens et vous entendrez un (vulgaire) son de Clubbing. Seules la voix et l’accent justifieraient la soi disant “ambiance à l’africaine”, celle qui en a mis plus d’un(e) mal à l’aise dans des soirées… Car cela fait bien longtemps que le groupe n’a plus cette fibre “zouglou” qui enchantait le public afro, laissant la place à un aspect commercial dans leurs chansons. Les uns appelleront cela une “évolution”, les autres y verront un abandon de leurs racines.

Et puis c’est tellement dommage de les voir évoluer sur des morceaux où la musicalité acoustique de leurs œuvres n’est pas suffisamment valorisée, car les rares fois où cela s’est produit, on a pu apprécier ce qui nous faisait “Bouger, Bouger” du temps de “1er Gaou” ! L’occasion de revoir de fabuleux musiciens.

 Amadou et Mariam- Beaux Dimanches [Dimanche à Bamako] – (2004)

 En août de l’année 2004, le grand public français rencontre Amadou et Mariam, un duo malien en couple sur scène comme dans la vie. Cette année les amoureux sortent Dimanche à Bamako, un album ayant eu un succès critique et commercial. Les Victoire de la musique et BBC Awards s’ajoutant aux 300 000 exemplaires vendus en France !

Il s’agit là d’un album phare de la musique malienne et africaine qui propulse un couple méritant et talentueux sur le devant de la scène internationale, le rêve ! Sauf que… « le dimanche à Bamako, c’est le jour du mariage», ou comment une chanson entraînante peut à la fois propulser des artistes en haut de l’affiche mais en même temps totalement éclipser plus de vingt ans de carrière !

Tout le monde connait ce refrain, que dis-je, tout le monde connait ce vers, par contre le reste… « Les hommes et les femmes ont mis leurs beaux boubous, Les bijoux et les chaussures sont au rendez-vous, Les bazins et les bogolans sont au rendez-vous, La mariée et le marié sont aussi au rendez-vous ». Précision importante, les mariés sont au rendez-vous ! Merci Amadou et Mariam autrement il n’y aurait pas eu de chanson…

Que c’est douloureux de dire du mal d’Amadou et Mariam. Le succès de cet album est totalement mérité, car il s’agit d’un très bon album, mais ce titre eu un tel succès qu’il a complètement écarté le reste de l’album, mais également le reste de la carrière d’Amadou et Mariam. Ceux qui aiment tant cette chanson connaissent-ils Je pense à toi de l’album Sou ni tilé sorti en 1998 ou On a besoin de toi, plus récent, en collaboration avec le rappeur Soprano ? Pour finir, qui pensent aux Maliens qui doivent sans cesse répondre aux curieux, biens attentionnés mais gênants, qu’à Bamako, les mariages ne se déroulent pas forcément le dimanche ?

Franko – Coller la petite (2015)

C’est sans aucun doute le morceau africain le plus populaire de l’année 2015. Son refrain entêtant (dans lequel on peut reconnaître le sample de I Like To Move It de Real 2 Real) restera longtemps dans les mémoires. Mais cataloguer cette chanson aux cultures africaines est une erreur assez regrettable que beaucoup de personnes commettent fréquemment depuis la sortie du tube.

Dans ce hit, la femme est considérée selon nous comme un bien de consommation. C’est le sentiment qui prédomine lorsque l’on entend les paroles suivantes : “Récupère la petite” ou encore “Il y a beaucoup de petites, fais ton choix”.

On peut également penser que Franko fait une apologie de l’inceste en fin de chanson lorsqu’il envoie : ” Même si c’est ta sœur, même si c’est ta cousine, même si c’est ta tante; c’est d’abord la fête, collez les bêtises” (!)

Le rythme est entraînant, la chanson est joyeuse, mais doit-on réellement être fiers d’être catalogués aux stéréotypes culturels de ce morceau lorsque celle-ci passe dans une soirée ?

Maître Gims ft. Niska – Sapés comme jamais – (2015)

Encore un gros carton de l’année 2015. Inspiré de Na We de Runtown et Mo-Eazy, l’instrumental de Sapés comme jamais est de qualité. Les sonorités ne sont pas forcément congolaises, mais prenons cela comme un point positif en se disant que Maître Gims et Niska (deux artistes d’origine congolaise) ne sont pas ethnocentriques.

Mais désormais lorsque l’on aperçoit une personne noire (élégante) en soirée, il est automatiquement “Sapé comme jamais”, cela en devient même un peu lassant.

À terme ce morceau pourrait devenir le prochain Saga Africa, dans des proportions bien moindres car il est difficile de faire plus caricatural que cette chanson.

 

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