Un jour avec : Ousmane K. mineur migrant non accompagné au Maroc.

par / Aucun commentaire / 11 juin 2018

Mineurs, non accompagnés, sans un sous, clandestins, vivant dans les quartiers les plus populaires ou dormant dans la rue, les Guinéens forment un groupe à part au Maroc. Pour beaucoup, la mendicité est nécessaire pour (sur)vivre. Bloqués à la dernière marche  de leur parcours migratoire, les Guinéens vivent entre l’incapacité de se rendre en Europe et l’impossibilité de s’intégrer au Maroc. Récit représentatif d’une expérience vécue, celle d’Ousmane K. 16 ans.

Une rencontre bouleversante

Nous avons rencontré Ousmane dans le cadre de notre travail au sein de l’association Afrique Culture Maroc. Nous étions au début du mois de mars 2017, et ce jour-là changea totalement notre vision de l’immigration subsaharienne au Maroc. Jusqu’à présent, nous côtoyons certes un public vulnérable, mais un public venu légalement au Maroc et souvent en possession d’un titre de séjour. Avec Ousmane, nous avons rencontré la migration précaire, irrégulière. Celle que nous connaissions grâce aux faits divers dans les journaux télévisés. Il avait 16 ans, il était fatigué, il avait faim. Face à lui, nous étions à la fois en admiration et en colère. Fascinés par son courage et révoltés par sa condition. Ousmane est l’ainé d’une famille de trois enfants. Comme tous les autres Guinéens rencontrés après lui, il s’était investi d’une mission : celle d’assumer son rôle de grand frère et de subvenir aux besoins des siens.

Le parcours d’un homme vécu par un enfant

Routes migratoires transsahariennes

Il n’était plus un enfant, il est si fragile pourtant. Sa grand-mère lui donna suffisamment d’argent pour aller de Conakry à Alger. Il eut de la chance, son parcours s’est bien déroulé. Arrivé à Alger, il ne lui restait plus rien, il travailla. En Algérie, plus qu’ailleurs, il est très facile de trouver une occupation en échange de salaire. Passé sans encombre par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, il travailla comme maçon à Alger et Maghnia pour pouvoir se payer la traversée vers Oujda. L’ami qui l’accompagna ira directement à Nador pour l’Europe, Ousmane arrive au Maroc avec 800 DH (80 euros), insuffisant pour réaliser son rêve. Après quelques semaines à Oujda puis à Fès, il se retrouve à Rabat. A notre rencontre, il était au Maroc depuis 3 mois, à Rabat depuis 2 mois. Il résidait dans le quartier de Takadoum avec d’autres Guinéens. Il vivait dans une chambre avec 6 autres personnes.

Mendier pour (sur)vivre !

Illustration : HUFFPOSTALGÉRIE

Si la solidarité communautaire est réelle (il lui a simplement fallu préciser à une personne qu’il était Guinéen pour que cette dernière lui trouve un logement avec d’autres compatriotes dans le quartier de Rabat), cette solidarité a un prix. Il se doit de cotiser pour manger et pour payer le loyer. Il n’eut pas d’autres choix. Il n’avait jamais pratiqué la mendicité en Guinée. Pourtant, il mendie depuis qu’il est arrivé au Maroc. Il mendie tous les jours. Il demande à tout le monde, locaux comme migrants. Il reçoit entre 1 et 15 DH par jours. Avec cet argent, il mange. Il mange une fois par jour. Il sort de chez lui à 8h et rentre vers 16h. Avec l’argent, il achète du pain et des œufs, qu’il se prépare à la maison. Fragile et craintif, il ne se promène pas la nuit. Sa grand-mère n’est pas au courant de sa situation, il a peur qu’elle s’inquiète, voire pire, qu’elle soit déçue. Il donne de temps en temps des nouvelles à son oncle. Son rêve : aller en France et passer un diplôme de mécanicien.

Un an plus tard, nous avons perdu de vue le jeune Ousmane… Il est peut-être toujours à Rabat ou bien il attend de pouvoir rejoindre l’Europe depuis la forêt de Nador. D’ailleurs, il probable qu’il soit sur Paris ou dans une autre ville européenne. Malheureusement, il est également possible qu’il ait perdu la vie en mer, comme d’autres avant lui…

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