Comprendre la traversée clandestine depuis le territoire du Maroc !

par / 1 commentaire / 19 mars 2018

Des membres de la WANATeam ont vécu au plus près de la population subsaharienne résidente au Maroc, notamment auprès de celle qui n’a d’autres choix que de tenter de rejoindre l’Europe clandestinement. Aujourd’hui, nous voudrions apporter un éclairage sur les modalités de cette traversée, l’étape ultime de l’aventure migratoire !

Se rendre aux portes de l’Europe

Si l’Europe est dans la tête de tous les migrants subsahariens irréguliers tout juste arrivés au Maroc, elle finit par entrer dans la tête de ceux qui se sont retrouvés à Rabat ou ailleurs dans le royaume légalement. L’absence d’opportunités combinée au temps qui passe, les migrants ont l’impression de perdre leur temps. Avec Melilla et Ceuta, il faut dire que l’Europe est si proche depuis le Maroc… Avec environ 85 000 habitants chacune, ces deux villes espagnoles de 12,3 et 19 km² sont situées sur la côte marocaine.

Les territoires de souveraineté espagnole sur la côte marocaine.

Les territoires de souveraineté espagnole sur la côte marocaine. Source : Yves Zurlo, 2011

Côté Maroc, ces enclaves constituent des portes d’entrées vers l’Europe pour des milliers d’Africains en quête de jours meilleurs. Malgré le danger, les migrants se risquent à tenter sans cesse de forcer les barrières qui les séparent de l’el dorado qu’ils cherchent à atteindre depuis de longs mois voire de nombreuses années. En attendant le moment idéal, ils campent du côté marocain de la frontière.

Attendre le moment idéal pour traverser

L’attente se fait dans la forêt. Celle près de Nador dans le but de rejoindre Melilla et celle de Fnideq non loin de Ceuta. Arrière salle de la traversée, la forêt possède une organisation sociale qui lui est propre. A l’image des camps comme celui qui existait à Oujda ou celui qui existe aujourd’hui à Fès, les subsahariens se regroupent par nationalité, sous la responsabilité d’un chairman qui est en règle général également le connexion-man.

La forêt de Gourougou : zone tampon entre Nador (Maroc) et Melilla (Espagne)

Le connexion-man est la personne qui joue l’intermédiaire entre les migrants et les passeurs marocains. Il possède quelque bras droit, parfois appelés « ministres », ces derniers gèrent le déroulement dans les camps de fortune, comme la récolte des cotisations (pour l’achat de nourriture), et assurent la cohabitation avec les forces de l’ordre, les autres subsahariens et les Marocains également candidats à la traversée.

Traverser par la voie terrestre

La voie terrestre peut se faire à pied ou en voiture. A pied, seuls les plus forts physiquement peuvent essayer mais c’est également le moyen utilisé par ceux qui n’ont plus rien à perdre. Peu onéreuse, la stratégie consiste à tenter de forcer le passage en masse. A plusieurs centaines, les migrants se ruent à l’assaut des barrières, conscients de la dangerosité mais aussi de l’infime chance qu’ils possèdent de réussir. Il faut dire que le voyage est comme une formation militaire, il faut savoir escalader, être rapide et avoir de l’endurance.

La barrière de Ceuta
©Crédit photo : Jorge Guerrero

Ceux incapables d’effectuer cette stratégie ou ceux qui ont la chance d’avoir les moyens financiers suffisants préfèrent s’en remettre à des passeurs et utiliser les « autos-mafia ». Cette stratégie consiste à passer la frontière clandestinement à bord d’une voiture. En convoi, ce sont des Marocains qui transportent les clandestins pour dix fois plus cher que le tarif normal.  Un éclaireur ouvre la route à une voiture qui le suit. Cette dernière possède à son bord une douzaine de migrants, dont l’argent suffira à soudoyer les gardes côtes complices.

Traverser via la mer

La voie maritime reste une voie encore utilisée, mais si elle fait peur. Les morts en mer Méditerranée ne sont malheureusement plus rares. Pour traverser par la mer, les migrants tentent de monter clandestinement à bord de ferries mais dans la majorité des cas, ils utilisent des zodiacs. L’argent (150 à 300 euros) permet de cotiser pour le zodiac et de payer le pilote généralement marocain et le connexion-man. Le migrant n’est pas au courant du jour de son départ en mer, il doit seulement attendre que le passeur lui fasse signe. Il peut embarquer en zodiac militaire avec 70 autres migrants ou en zodiac de type civil avec 35 autres personnes.

© / CTC

Sur le bateau de fortune, le connexion-man a un complice. Ce dernier embarque en général gratuitement ; pour gagner sa place, il a dû mettre en contact le passeur avec des migrants souhaitant traverser. Dans l’embarcation, grâce à deux cartes SIM, une marocaine et une espagnole, il tient informé le passeur de la navigation. Rares sont les embarcations qui atteignent Algésiras, la ville espagnole du détroit, par la mer. Dans le meilleur des cas, ils sont sauvés par la marine espagnole, dans le pire des cas, l’embarcation s’échoue.

Face à l’échec, l’absence de fonds ou la peur du danger que la traversée implique, les migrants rentrent, de gré ou de force, à l’intérieur du Maroc. Une fois à Rabat, Fès ou Casablanca, les migrants tentent de saisir les opportunités qui s’offrent à eux, soit pour économiser de l’argent afin de retenter une énième fois le passage, soit pour essayer d’obtenir un titre administratif régularisant leur situation.

One Comment

  1. une question est il possible de se faire traverser par un zodiac de type civil sans mes papier et arriver en Europe ?

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