« Tout simplement noir », ou presque !

par / Aucun commentaire / 12 juillet 2020

Hilarant, Tout simplement noir joue à fond la carte de l’absurde. Il démonte aussi bien le racisme enraciné dans la société française que les postures hypocrites de ceux qui prétendent le combattre. Pour ses nombreux caméos, pour l’évolution de son personnage principal, pour son humour, ce film, loin d’être parfait, mérite d’être vu.

Tout simplement noir, de Jean-Pascal Zadi et John Wax

  • Avec Jean-Pascal Zadi, Fary, Caroline Anglade…
  • Produit par Sidonie Dumas, Alain Mougenot.
  • Distribué par Gaumont Distribution.

Grâce à une mise en scène habile, sous des faux airs de documentaire intimiste, Jean-Pascal Zadi réussit le double exploit de démontrer le ridicule des situations que le racisme intégré crée et de vulgariser la complexité des fondements des luttes antiracistes en France. Un film hilarant mais qui peut sembler déplacé vue l’actualité loin d’être drôle.

Synopsis : « JP, un acteur raté de 40 ans, décide d’organiser la première grosse marche de contestation noire en France, mais ses rencontres, souvent burlesques, avec des personnalités influentes de la communauté et le soutien intéressé qu’il reçoit de Fary, le font osciller entre envie d’être sur le devant de la scène et véritable engagement militant…»

Tout simplement loin d’être simple

JP, comédien raté approchant de la quarantaine, est en colère car « la situation des Noirs en France est catastrophique ». Pour y remédier, il souhaite organiser « une grosse marche de protestation noire place de la République ».  Pour médiatiser sa manifestation, il a besoin de rallier à lui des personnalités noires. Le film le suit dans cette quête. L’enjeu est clair. En premier lieu, le film s’intègre dans un contexte tragique sur fond de morts violentes d’hommes noirs et se mêle aux mouvements de colère antiraciste. Aussi, la comédie de certaines situations décrédibilisent la radicalité opportuniste de certains discours communautaires. C’est sur cette fine nuance que le film progresse.

Le film a plusieurs mérites. D’abord, avec un casting de haut niveau, il rappelle que la France possède une superbe brochette d’acteurs talentueux et noirs ! Ensuite, il aborde absolument tous les sujets tendancieux autour du racisme et la plupart du temps avec folie et objectivité. De la négrophobie des Maghrébins aux tabous des couples mixtes en passant par la fétichisation des corps noirs et la places des métisses dans l’identité noire, il ne laisse rien passer. Enfin, construit en une succession de sketch, il est drôle. Malheureusement, dans la forme et dans le fond, le film sème plus qu’il ne récolte. S’il se présente comme étant une comédie qui tourne en ridicule le racisme, il ne constate plus qu’il ne dénonce. Il fait rire plus qu’il ne révolte.

Pas si simplement noir.e.s !

Si tout n’est pas extrêmement drôle, un bon nombre de scènes brillent par l’intelligence de leurs sous-textes. Toutes jouées par des acteurs d’exception, elles révèlent la largeur du spectre des profils rencontrés dans les thématiques liées aux identités noires (le pluriel étant primordial dans l’esprit du film). On rencontre aussi bien l’artiste noir(e) qui amuse la galerie en usant des stéréotypes que le noir raciste et le noir militant victimaire qui n’arrive pas à comprendre que d’autres noirs puissent se sentir profondément intégrés.

Eric Judor est par exemple excellent dans la peau de l’acteur noir qui a réfuté toute sa carrière sa négritude pour réussir dans la vie. La morale du film, s’il devait en avoir qu’une serait celle-ci : ce qui rapproche les Noirs entre eux n’est pas leur couleur de peau mais le regard que les autres portent sur eux. C’est ici que se trouve en vérité la grande qualité du film. Il est indiscutablement bénéfique. Il est un état de l’art acide des contradictions et des différents profils affectés par ces sujets.

Tout simplement drôle. Encore

Alors que l’indignation mondiale devant l’assassinat de George Floyd est encore vive et que l’émotion autour de la mort d’Adama Traoré est encore présente en France, rare sont ceux encore d’humeur à rire du racisme. Evidemment, il faut savoir rire de tout d’autant plus que la sortie du film de Jean-Pascal Zadi, confinement oblige, n’était pas prévue pour cette période. Mais ce paragraphe ne concerne pas directement le titre à l’origine de cet article mais le traitement du racisme au cinéma français. Clichés racistes, humour potache, synopsis à dormir debout, les comédies françaises sortent et se ressemblent… Dernier en date, « Zohra, 20 ans, caissière en banlieue débarquée du bled. Elle vit sous la domination de son mari avant de rencontrer un expert en kung-fu ». Film prévu avec Ramzy Bédia et Sabrina Ouazzani. Autant dire que le public français peut encore attendre son Get Out !

Tout simplement noir en parle d’ailleurs. La scène qui voit Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Eboué, dans leur propre rôle, s’engueuler sur les clichés que leurs films véhiculent (La Première étoile, Case départ) est très drôle. Certains penseront que ce dialogue leur permet en réalité de se justifier. Passons. Trouver un financement pour un film comme Tout simplement noir est, de l’aveu du réalisateur/acteur lui-même, extrêmement difficile. Forcément, la thématique abordée n’est pas des plus plébiscités par les sociétés de production. En tant que comédie, ce genre de long métrage peut tout de même trouver preneur. Toutefois, la rare confiance accordée aux comédies ne doit pas masquer le manque cruel de films forts. Il ne faut pas avoir peur de choquer ! Le message antiraciste ne doit plus passer que par l’humour. A force de dénoncer par le rire, on finit par se moquer de nos luttes.

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