Tateh Lehbib, ce fou qui construit des maisons à partir de bouteilles en plastique.

par / Aucun commentaire / 4 mars 2019

Avec des températures pouvant grimper jusqu’à plus de 50 degrés Celsius et des tempêtes de sable dévastatrices, la région autour du camp de réfugiés de Tindouf est particulièrement hostile. Avec une technique solide, écologique, intelligente et solidaire, le jeune ingénieur Tateh Lehbib a conçu des maisons pour les siens qui résistent à la chaleur du désert, aux tempêtes de sable et aux pluies torrentielles.

 Faire face à l’hostilité du désert avec les moyens d’un réfugié !

Tateh Lahbib est un enfant du camp de réfugiés Sahraouis qui se trouve autour de la ville de Tindouf, dans le sud aride de l’Algérie. Le climat est y est d’une rudesse extrême. Les températures peuvent atteindre les 60°Celsius en été comme les nuits peuvent y être glaciales. Des conditions qui viennent noircir le tableau d’une population précaire dont les maisons faites de boues sont parfois détruites par les fortes pluies et les tempêtes de sable qui s’abattent sur le désert du Sahara. C’est après les pluies torrentielles d’octobre 2015, et la destruction de la maison de sa grand-mère, que Tateh Lehbib décida qu’il fallait agir.

Une scolarité dédiée aux énergies renouvelables

Après une scolarité effectuée dans les camps et un baccalauréat obtenu en 2009, Tateh Lehbib obtient une licence en Energies renouvelables à l’université de Msila (250 km d’Alger). Diplomé, il souhaite poursuivre ses études en Europe. Il apprend l’existence du programme Erasmus Mundus de l’Union européenne qui accordait des bourses d’études aux réfugiés résidents en Afrique du Nord. Sa candidature est retenue par l’Universidad de Las Palmas de Gran Canaria dans les Iles Canaries pour suivre un master en efficience énergétique. Une expérience qui fut pour lui très riche sur le plan humain.

Des idées, des échecs et le succès

De retour parmi les siens, il lance plusieurs projets de constructions pour améliorer la situation des réfugiés Sahraouis. Il fallait par exemple trouver une solution de remplacement à ces plaques de métal qui servaient de toitures aux habitations du camp. En cas de vent, elles s’arrachaient et devenaient dangereuses et en périodes de fortes chaleurs, elles transformaient les maisons en four. Il échoue une première fois en s’inspirant des toitures nubiennes de l’antiquité auxquelles il avait brillamment consacré son mémoire. Il essaie ensuite de créer des toitures végétales. Des bouteilles en plastiques coupées en deux devaient servir de pots pour des graines de blé afin d’obtenir une couverture végétale sur le haut de la maison. Seulement la chaleur ne laissait rien pousser. Se retrouvant avec un tas de bouteilles en plastique entre  les mains, il eut une idée : utiliser ces bouteilles comme un moyen de construction !

Transformer les bouteilles en plastique en brique de construction

Tateh Lehbib s’était fixé un cahier des charges précis. Il fallait que les maisons 1) résistent au vent et à la pluie torrentielle, 2) protègent contre la chaleur en été et contre le froid glacial des nuits, 3) aient des coûts de construction faibles, et 4) débarrassent la nature de matières nuisibles à l’environnement. Déjà, pleines de sable, les bouteilles s’avèrent plus solides que différents types de briques. Ensuite, assemblées de façon circulaire, elles résistent bien mieux aux tempêtes. Enfin, les murs sont recouverts de ciment et de calcaire puis peints en blanc afin de faire refléter les rayons du soleil et rafraîchir l’intérieur.

Ce fou qui ne l’était pas !

Au départ, quand les gens le voyaient ramasser les bouteilles en plastique usagées dans les poubelles, ils le prenaient pour un fou. En réalité, son idée est révolutionnaire ! Elle apporte une vraie réponse durable. Elle permet aux populations les plus pauvres de vivre sous un toit décent et à moindre frais en plus de constituer une alternative écologique formidable ! Les déchets plastiques s’entassent et Tateh Lehbib les recycles de la meilleure des manières ! L’ONU ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisqu’elle a décidé de financer notre ingénieur qui, depuis, a déjà pu construire une vingtaine de maisons du même genre rendues disponibles aux familles les plus pauvres, notamment celles avec un enfant en situation de handicap.

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