Symposium de Rabat : la réforme du football africain en marche ?

par / Aucun commentaire / 19 juillet 2017

C’est le premier grand rendez-vous pour le nouveau président de la Confédération africaine de football (CAF) le Malgache Ahmad Ahmad : les pontes du football africain sont réunis depuis ce mardi 18 juillet à Rabat pour le Symposium de la CAF. Un séminaire qui prévoit des discussions et de grandes réformes pour l’avenir du football continental. Le début d’une nouvelle ère pour l’Afrique du football ? Sur le papier, l’offre semble ambitieuse mais certaines réserves méritent d’être soulevées. Notre analyse.

Symposium : mode d’emploi

Symposium (du latin symposium, banquet, du grec sumposion) : Réunion ou congrès de spécialistes, consacré à un thème scientifique particulier.

Le football africain nous a permis de découvrir un mot que nous utilisons que très rarement dans notre vocabulaire courant avec ce Symposium de Rabat. La tenue de ce grand séminaire dédié au football africain est une première depuis 1957, date de la création de la CAF. 60 ans après, voilà que l’on se décide enfin à revoir un modèle de gouvernance souvent critiqué au cours de ces dernières décennies sous la présidence du Camerounais Issa Hayatou, à la tête de la confédération pendant 27 années sans interruption. Aujourd’hui les cartes sont rebattues car depuis le 16 mars dernier Ahmad Ahmad, Malgache de 57 ans, a mis fin au règne sans partage d’Hayatou. Et le nouveau président, soutenu par l’actuel président de la FIFA Gianni Infantino, souhaite frapper des grands coups pour renverser l’establishment et surtout pour se montrer comme un homme d’actions, là où l’ancienne administration optait pour un certain immobilisme (pour ne pas dire clientélisme voire amateurisme ?).

Football africain : le changement c’est donc maintenant

Un symposium donc. Le mot marque un souffle nouveau, une bouffée d’air frais et moderne sur une organisation qui en avait bien besoin. “C’est un regroupement historique des forces vives du football africain. Nous sommes ici pour tirer les leçons du passé et se dire la vérité. Je reste fidèle à mes engagements et j’assurerai la gestion de la CAF avec tous les acteurs du football africain”. Ces acteurs sont donc tous présents à Rabat autour du président Ahmad. Joueurs, entraineurs, directeurs techniques, présidents de fédérations nationales, arbitres, médias : ils sont tous présents pour “réformer” durant deux jours le football continental et écrire une nouvelle page du ballon rond en Afrique.

Les anciennes gloires Jay-Jay Okocha, Samuel Eto’o, Geremi, Joseph-Antoine Bell, Hossam Hassan, Anthony Baffoe, Rabah Madjer, Badou Zaki ; les techniciens Florent Ibenge (RDC) Herve Renard (Maroc), le “Sorcier blanc” Claude LeRoy (Togo) ou encore Alain Giresse (Mali) font partie des invités en plus du président du Paris Saint Germain Nasser Al-Khelaifi, de la secrétaire général de la FIFA la Sénégalaise Fatma Samoura et le président Gianni Infantino.

Au programme 8 thèmes :

 1- CAN : Compétition et cahier de charges
2- Compétition inter-clubs
3- Développement du football
4- Football des jeunes
5- Partenariats internationaux
6- Communication et médias
7- Marketing et TV
8- Footballeurs : rôle et perspective

Différents groupes de travail ont été constitués et vont peut être conduire à de grands changements qui seront effectifs lors d’une assemblée extraordinaire de la CAF en fin de semaine. Un changement de cap en profondeur qui semble irrésistible sur la forme.

Changer pour changer ?

La mesure phare de ce symposium marocain est sans aucun doute celle qui concernera la Coupe d’Afrique des Nations, véritable vitrine du football continental dans le monde. Son format actuel (bi-annuelle, disputée en janvier-février dans une compétition à 16 équipes) fait l’objet de nombreux débats. La volonté de changement passe ici par le principal employeur des internationaux disputant cette compétition : les clubs… européens. En effet, les championnats étant en cours à cette période, nombreuses sont les équipes qui voient leurs éléments africains partir à un moment crucial de la saison. Pour eux, il faudrait jouer la compétition en juin (comme en Europe) et tous les quatre ans, une idée qui fait son chemin et qui a de fortes chances d’être adoptée. Ce qui éviterait les polémiques liées aux refus de certains joueurs d’honorer le maillot de leur pays au profit de leur employeur comme ce fut le cas au Cameroun (avec 7 joueurs ayant décliné la convocation chez les Lions Indomptables) pourtant sacré vainqueur en février dernier au Gabon.

Cela n’a aucun sens, car les saisons de clubs en Afrique commencent en février pour se terminer en novembre et le mois de janvier est un créneau idéal pour conclure la saison. Personne n’y pense en Europe, les médias et les observateurs ne réfléchissent que par rapport aux calendriers des championnats européens, nombrilisme et ethnocentrisme oblige. Comment réorganiser le calendrier de des championnats africains en plus des compétitions continentales de clubs si la CAN basculait en juin-juillet ? Qui accepterait en Europe de jouer l’Euro en mars en même temps que les championnats européens et la Ligue des Champions ? Enfin, est ce utile de conduire une telle réforme quand on sait qu’il faudra réorganiser les calendriers des championnats européens dès 2020 en fonction de la Coupe des Confédérations 2021 mais surtout de la Coupe du Monde 2022 au Qatar qui se disputera en novembre-décembre ?

Une vision au delà du continent africain

La pression mise par les clubs européens aux joueurs africains ne fait que perpétuer la mainmise des premiers sur ces derniers. Le développement du football africain peut passer par une harmonisation des calendriers mais il ne faut pas perdre de vue les spécificités du continent africain. Les championnats brésilien et argentin ont voulu se calquer sur le modèle européen avec une harmonisation des calendriers mais il ne faut pas oublier que ces calibrages calendaires se font sur deux hémisphères différents. Le résultat est sans équivoque : le football mondial tourne autour de l’Europe et les autres confédérations doivent suivre le pas. A l’heure où la Coupe du Monde se prépare à une réforme pour passer à 48 pays en 2026, la globalisation du football semble toujours profiter aux mêmes acteurs au détriment du continent africain notamment.

Et que dire de ces projets de CAN à 24 équipes voulant y inclure des nations non-africaines à l’image de la Copa America ? La confédération sud-américaine compte 10 nations, inviter des pays est une nécessité pour la tenue de la compétition mais pour une compétition qui regroupe 55 fédérations, l’idée serait stupide d’aller chercher des équipes d’autres continents. De plus, ajouter 8 nations supplémentaires serait suicidaire quand on voit les difficultés d’organisation (terrains, infrastructures, niveau de jeu etc) à 16. Alors l’éventualité soulevée par un groupe de travail d’orgzaniser la compétition hors d’Afrique… No comment.

Car la finalité idéale de ce Synopsium de Rabat, c’est que les mesures nécessaires soit effectuées pour contribuer au développement du football africain que ce soit pour le football de base, la formation et au niveau des infrastructures pour pouvoir accueillir régulièrement des compétitions planétaires ; afin qu’à terme ce soit un pays africain qui soit le vainqueur de la Coupe du Monde. Autrement dit, ce Synopsium plein de promesses sonnera creux.

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