“Regards croisés sur l’Afrique” : lumière sur des visions d’Afrique

par / Aucun commentaire / 7 avril 2016

Vous commencez à connaitre notre état d’esprit WANA qui se veut rassembleur des cultures d’Afrique, quelles soient inter-africaines et/ou panafricaines ou encore afro-occidentales. Un idéal qui semble difficile à atteindre mais au fil des articles qui ont retenu notre attention depuis notre création en juillet, nous continuons de croire à ce concept car l’Afrique et sa diaspora tente de bouger, d’innover et nous saluons ces multiples efforts qui vont dans le sens d’une Nouvelle Afrique. Mais dans les faits, quelles sont les perceptions de différentes communautés sur le continent ? Avec le documentaire “Regards croisés sur l’Afrique”, on obtient un début de réponse sur des points de vue venant de l’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et des départements d’outre-mer.

Afrique subsaharienne -Antilles – Afrique du Nord : un passé commun qui les unit

Regards croisés sur l’Afrique a été réalisé en 2015 dans le cadre du Festival de lutte contre les discriminations à l’université Montpellier 3 par des membres de l’association La Case (Caraïbe Afrique Solidaire Etudiante), association qui s’intéresse aux questions africaines et des DOM-TOM. L’une des réalisatrices et scénariste du documentaire, l’Algérienne Amel Hocine a pensé ce dialogue inter-communautaire à travers le périple d’un roi africain mythique : le Roi Béhanzin, roi du Dahomey (l’actuel Bénin), étant exilé après sa reddition en Martinique puis en Algérie, où il a fini sa vie en 1906.

De ce parcours, nous partons à la découverte de divers témoignages récoltés sur le campus de Montpellier avec des étudiants africains (maghrébins et subsahariens) ou antillais et des entretiens téléphoniques avec des écrivains et artistes donnant leur point (poing ?) de vue engagé sur la question. C’est à partir de l’imbrication de ces entretiens, que l’on arrive à dresser un état des lieux sur la perception entre ces communautés aux cultures et influences différentes, l’explication de ces points de vue, les idées reçues et leurs conséquences dans les échanges qu’il peut y avoir entre ces populations d’Afrique et “d’Afrique d’outre-mer” pour reprendre les propos d’Eugène Ebodé, écrivain camerounais qui a participé à ces Regards croisés sur l’Afrique.

On vous laisse découvrir ce documentaire :

Mettre fin aux tabous et aux clichés : un défi difficile

Comme vous avez pu le voir tout au long du documentaire, le rapport africain entre ces communautés est complexe. Il est à la fois lointain dans les consciences à l’image des Antillais qui n’ont pas le sentiment d’appartenir à la terre d’Afrique, quittée de force lors de la période négrière. Il est aussi clivant, comme la relation Afrique du Nord-Afrique subsaharienne où les échanges entre ces peuples sont parfois xénophobes voire racistes. En effet, le mélange des cultures et des opinions reste rare et est parfois mal vu.

Bien qu’elle ne soit pas une photographie exacte de la situation, le documentaire permet de voir le chemin qui reste à parcourir pour libérer cette parole, pas encore totalement assumée car certains des intervenants ont souhaité garder l’anonymat, en se mettant dos à la caméra ou en floutant leurs visages.

L’expérience de ces regards divergents donne envie d’aller plus loin dans la réflexion, de mener une étude plus longue de ce phénomène qui représente un enjeu capital pour l’Afrique. L’équipe du film souhaite à l’avenir effectuer des voyages au Bénin, en Martinique et en Algérie pour réaliser sur place(s) le périple du roi Béhanzin. Mais il faut saluer ce premier travail, fait avec peu de moyens mais beaucoup d’idées et de connaissances historiques.

Regards croisés sur l’Afrique : l’avenir du continent ?

“Il faut chercher des voies alternatives. Il faut connaître l’Afrique. Il faut aider les Africains à se connaître eux-mêmes par une recherche endogène, afin de ne plus appréhender et forger le développement africain par procuration. Car on ne peut coiffer quelqu’un en son absence.”

Joseph Ki-Zerbo, ancien historien et homme politique du Burkina Faso avait compris que « La mémoire doit être un tremplin pour l’avenir ». En ce sens, le travail d’Amel Hocine, Lindsay Jean-Louis et Julie Rivière peut aider la nouvelle génération d’Africains à construire l’avenir du continent et ainsi ouvrir une nouvelle ère du dialogue interculturel, un dialogue dans l’esprit WANA.

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