Raja Meziane : « Je souhaite voir une Afrique bien consciente de son importance »

par / Aucun commentaire / 9 septembre 2017

Belle et rebelle, artiste engagée, révolutionnaire dans l’âme et coup de coeur de la WANATeam, l’Algérienne Raja Meziane se livre à nous pour un entretien exclusif !

WANATeam : Vous excellez dans plusieurs styles artistiques. Quel est celui avec lequel vous prenez le plus de plaisir ?

Raja Meziane : Il est vrai que je m’exprime de diverses façons. Mais mon espace préféré reste les planches de la scène sous les projecteurs. Se tenir sur scène pour y chanter ou pour y jouer un rôle complexe d’une pièce de théâtre en face d’un public et sentir les craquelures du plancher en bois m’a toujours fasciné. C’est aussi pour cela que j’ai choisi le titre « Sur Scène »  comme premier single au sortir de mon album Mrayti de 2012 qui pour moi a été une renaissance.

W: On sent en vous une artiste engagée, qu’espérez-vous de l’Algérie ? Pensez-vous que le pays puisse être dirigé différemment à l’avenir ?

Raja Meziane : J’ai toujours été une personne engagée, un peu rebelle et révoltée. Ma révolte a toujours été contre l’injustice sociale, chose qui m’est insupportable depuis toujours que ce soit dans mon pays ou ailleurs dans le monde. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai choisi d’étudier le droit et devenir avocate et militer dans le domaine du droit international. En ce qui concerne l’Algérie, je souhaite bien évidemment un avenir meilleur pour sa jeunesse qui malgré son énergie et immense potentiel, comme toutes les jeunesses africaines, doit quand même se battre en permanence contre cette injustice à tous les niveaux, se trouvant forcée de frayer son chemin à force de bras, au sens propre comme au sens figuré. Globalement, un changement positif du système de gouvernance qui malheureusement asphyxie cette jeunesse est vraiment nécessaire.

W : Vous venez de Maghnia. Il se trouve qu’un de nos membres est né dans cette même ville ! Que pouvez-vous nous dire sur ce lieu?

R.M : Maghnia, est ma ville natale et c’est dans cette ville que j’ai grandie et où j’ai vécu mon enfance. Mon caractère a été forgé au sein de sa communauté, qui m’a appris à rester fidèle à mes principes et ne jamais oublier d’où je viens. Chaque coin de ruelle de la ville me rappelle mon enfance et ses habitants continuent à m’inspirer. Ce sont eux ma vraie source d’inspiration !

W : Pourquoi avoir fait le choix de la République Tchèque au moment de votre départ de l’Algérie ?

R.M : Je n’ai pris la décision de quitter mon pays qu’après avoir subi toutes sortes de sabotage et de chantage. Et ce n’est qu’après avoir réalisé que même mon métier d’avocate, pour lequel j’ai tant sacrifié, m’était aussi interdit que j’ai décidé de partir le cœur très lourd. Je suis tout de même chanceuse d’avoir Dee Tox (mon mari) à mes côtés, qui a aussi vu, comme moi, les portes du domaine artistique se fermer les unes après les autres pour les mêmes raisons. Le choix de s’installer en République Tchèque a été un choix logique, puisqu’il y avait déjà vécu.

W : Quel regard portez-vous sur la scène musicale algérienne d’aujourd’hui ?

R.M : Aujourd’hui, je ne peux pas porter un jugement objectif sur la scène musicale algérienne parce qu’on y expose la plupart du temps que les gens qui ont les bonnes connexions avec les autorités et pas forcément les plus talentueux ou ceux que le public a soif de voir et je trouve ça désolant. D’ailleurs c’était le sujet de mon titre de 2016 « Maniche Bent Imlak » (Je ne suis pas la fille d’un ponte) où je fais le bilan cru de mon expérience dans ce domaine en Algérie.

W : Quels sont les artistes africains que vous écoutez/qui vous inspirent le plus ?

R.M : J’écoute souvent les chansons d’Angélique Kidjo et j’aime beaucoup son engagement humanitaire ainsi que ses choix artistiques. Je suis toujours en admiration devant les performances scéniques de Fela Kuti mais Miriam Makeba « la Mama Africa » reste le symbole de la femme qui lutte contre la discrimination raciale, l’injustice et qui représente la noblesse des arts africains !

W : De même quels sont les artistes occidentaux qui vous inspirent le plus ?

R.M : Honnêtement je ne fais pas trop de différences entre artistes africains et occidentaux du moment que je me sens attirée par l’œuvre de l’artiste qu’il soit chanteur, acteur, réalisateur de cinéma, dessinateur ou autres. Je suis aussi bien fascinée par les textes de Bob Marley comme par la créativité musicale de Bruno Mars, l’énergie de Pink, la richesse du patrimoine et la dimension spirituelle du Diwan (recueil de textes) des Touareg au Sahara, tout autant que je m’inspire aussi de tout ce que Michael Jackson a pu offrir à la musique et à l’humanité également.

W : Quelle est votre définition de la Nouvelle Afrique ?

R.M : Je dirais plutôt mon souhait serait de voir une Afrique bien consciente de son importance, qui fonce vers son futur droit devant avec sa jeunesse pour fer de lance !

W : Quels sont vos prochains projets en cours ?

R.M : En ce moment je prépare mon prochain single qui ne devrait pas tarder à être prêt et nous sommes toujours, Dee Tox et moi, en préparation d’un long métrage, dont j’ai écrit le scénario et qui traite justement de la culture Touaregue qui, initialement, devait être tournée dans l’extrême-sud Algérien mais qui n’a malheureusement pas pu se faire a cause des obstacles rencontrés au niveau du financement promis par des responsables de la culture mais auquel nous n’avons finalement pas eu le droit.

W : Un dernier mot pour nos lecteurs et pour vos fans partout dans le monde ?

Raja Meziane : Je tiens à remercier l’équipe de WANACorp pour cette opportunité. Une équipe sérieuse dont j’ai beaucoup apprécié l’approche et qui d’après ce que je vois, considère ce travail comme une mission et un devoir envers la culture africaine et donc l’Afrique.

Pour les lecteurs je dis bonne lecture et continuer de soutenir ces initiatives ! Et pour finir je citerai Mahmoud Derwich :  »Il y a sur cette terre ce qui mérite vie », une citation dont on devrait tous s’inspirer.

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