Rafiki, bien plus qu’une simple histoire d’amour kényane !

par / Aucun commentaire / 1 octobre 2018

Rafiki raconte l’histoire d’un amour impossible, celui de deux filles de rivaux politiques dans une société particulièrement homophobe. Appréciable pour son portrait de la jeunesse kényane d’aujourd’hui, ce film brille par son courage.

Rafiki, une romance à Nairobi :

  • Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Jimmi Gathu…
  • Produit par Steven Markovitz
  • Distribué par Météore Films

Rafiki est un film dramatique kényan réalisé par Wanuri Kahiu. Inspiré du livre Jambula Tree de l’Ougandaise Monica Arac de Nyeko, le film a été présenté dans la section Un Certain Regard 2018. Il devient ainsi le premier film kényan à être sélectionné au festival de Cannes.

Synopsis : « À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kényane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité… »

Un film ordinaire à la portée extraordinaire !

Wanuri Kahiu nous propose un film moderne, ultra-coloré avec une bande originale qui détonne ! Mais si Rafiki nous plonge au cœur du quotidien d’une jeunesse kényane qui bouge, il nous touche surtout par sa retenue. Le film suit une idylle naissante entre deux jeunes femmes de la classe moyenne tiraillées entre les intérêts politiques divergents de leurs pères respectifs, le désespoir de leurs mères, les ragots des voisins et l’homophobie ambiante de leur entourage. Si les deux jeunes filles ne sont pas sûres de savoir qui elles sont, ni de ce qu’elles veulent être, elles sont certaines de leur amour et de son impossibilité !

Mais qu’on se le dise, ce film, qui se voulait être le simple portrait d’une jeunesse kényane dont les rêves sont pris au piège par les croyances traditionnelles, est devenu presque malgré lui un film militant. Un film défendant les droits LGBTI dans un pays où l’homosexualité est passible d’une peine de 14 ans de prison. Ceci dit, s’il s’agissait d’un film se déroulant dans le Paris d’aujourd’hui et en ne tenant compte que de sa structure narrative, ce long métrage n’aurait rien de surprenant. Au Kenya, il prend une dimension exceptionnelle.

Un film grand malgré lui !

Rafiki est une histoire d’amour comme le cinéma sait nous en proposer. En rien ce film ne bouleverse le genre. Qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, le sujet d’un amour impossible entre deux enfants de deux clans rivaux est aussi vieux que le cinéma lui-même, si ce n’est plus… Ce long métrage tient son originalité de sa nationalité et en cela, il est un grand film, ou plus simplement, un film important. Bien que l’objectif de la réalisatrice ne fût pas de proposer un film militant, il l’est de fait. Elle qui voulait tout simplement mettre en image une belle histoire d’amour africaine parmi d’autres s’est vu défendre un projet social.

D’une simple histoire d’amour, Rafiki est devenue une œuvre insupportable pour les tenants de l’ordre établi au Kenya. Ceux-ci, par la commission de censure kényane, ont proclamé l’interdiction totale de diffusion sur le territoire national.  Une décision levée le temps d’une diffusion locale du 23 au 30 septembre afin de permettre au film de concourir pour les Oscars. Fait inattendu, quoique, les cinémas qui ont diffusé le film à Nairobi n’ont cessé de faire salle comble. Il est certain que sans la censure du départ le film n’aurait surement pas autant fait parler de lui, que ce soit dans son pays, ou à l’échelle internationale.

Un film à voir !

Cette fenêtre si rare sur le quotidien de la jeunesse à Nairobi jouit d’une belle photographie et d’un environnement musical frais et rythmé. Les personnages sont touchants, humbles et justement interprétés. Toutefois, dès lors que le nœud du film est exposé, son intrigue suit un cours particulièrement prévisible. Le film n’échappe pas à quelques longueurs évitables ce qui est dommageable dans la mesure où une telle immersion dans le Kenya contemporain est rare. Cela étant, Rafiki est de ces films qui se jugent différemment. Sa vocation est telle que son impact dépasse la simple appréciation d’un spectateur neutre parisien…

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