Que va devenir le coupé-décalé sans DJ Arafat ?

par / Aucun commentaire / 19 août 2019

DJ Arafat n’est plus depuis le 12 août dernier. Écrire ces mots font très mal à la WANATeam. Au delà de l’artiste, c’est le fer de lance de la musique ivoirienne et des musiques d’Afrique qui disparaît. Le baromètre du coupé-décalé est définitivement cassé… Quel avenir s’écrira pour le mouvement maintenant ?

Le Boss part au sommet

Cela a été son obsession depuis presque une dizaine d’années, Arafat DJ s’est réclamé et est devenu le successeur légitime du feu président Douk Saga dans le cœur des Ivoiriens. A coups de nouveaux concepts musicaux (qui ont souvent fait mouche), de directs sur les réseaux sociaux, de frasques nocturnes et de clashs contre des artistes “concurrents”, le Commandant Zabra a occupé l’espace médiatique sans discontinuer au cours de la décennie 2010. De son actualité était dicté le tempo du show-business ivoirien, le calendrier musical du coupé-décalé c’était le Daishikan qui le fixait. DJ Arafat était donc le mâle alpha du mouvement, une place sur le trône qu’il a occupé jusqu’à son dernier souffle.

Le Termistocle est parti brutalement sans crier gare mais il a pris le soin de ne laisser ni successeur ni héritier (au sens artistique) à sa hauteur. Ce qui peut s’avérer critique pour la scène musicale ivoirienne et africaine. Il semble un peu prématuré de porter un jugement sur l’avenir du coupé-décalé mais le Yorobo occupait une place tellement essentielle qu’il faut assurer la pérennité du genre musical qui va entamer en 2020 sa 3e décennie.

Les leaders sont là….

Bien évidemment il y a les incontournables, les rivaux de DJ Arafat depuis quelques années maintenant : le “Maitre-Maitre” Debordo Leekunfa qui a souvent été “en palabre” avec l’artiste disparu ; il y a le mannequin des arrangeurs Serge Beynaud qui a été une source de motivation pour Arafat en rivalisant musicalement au niveau continental…

Il y a l’excellent arrangeur, initiateur du coupé-décalé conscient Bebi Philip et le très doué DJ Mix 1er sans oublier le virtuose DJ Kedjevara, qui vient d’annoncer prendre du recul en hommage à la disparition d’Arafat.

Ce sont ceux là qui ont permis au coupé-décalé de prendre une tournure artistique complète aux côtés du Sao Tao. Ils seront attendus au tournant au même titre que les anciens à commencer par Molare, un des pionniers de la Jet Set reconverti dans les affaires au service du développement de la musique ivoirienne et aussi Mulukuku DJ, devenu un animateur de talent pour l’émission 100% Coupé-décalé sur la RTI, qui témoigne de la bonne santé du mouvement en Côte d’Ivoire.

… la relève aussi.

La force d‘Arafat DJ, c’est d’avoir su déceler très précocement le talent de ce que l’on pourrait appeler la nouvelle vague du coupé décalé. Les exemples les plus éclatants de son mentoring sont l’émergence de son poulain Ariel Sheney, à qui Arafat a “tout appris” en termes de production artistique au sein de la Yorogang et l’installation au titre de Première Dame du Coupé-décalé de Claire Bahi, pour laquelle le Beerus Sama a été un parrain/grand frère influent dans sa carrière. Certes, les relations Arafat-Ariel Sheney n’étaient pas au beau fixe depuis le départ de Sheney de la Yorogang et surtout cette année avec la sortie du titre “Amina” de Sheney qui a supplanté cette année le “Moto Moto” d’Arafat.

Mais c’est ce contact avec la nouvelle vague qui a sans cesse remis en question le Termistocle dans ses inspirations et attaques frontales. On peut parler aussi de Safarel Obiang dans cette nouvelle vague -bien qu’il soit un baroudeur du milieu- avec lequel le Yorobo était entré en clash tout dernièrement. Signe qu’il n’hésitait pas à sortir les dents sur les “jeunes” qui lui faisaient de l’ombre selon lui. Une marque de reconnaissance du talent ?

A ce niveau, Kerozen (ex du groupe Boulevard DJ) a plutôt été épargné par les foudres du Daishikan. Son coupé-décalé conscient – quel oxymore ! – l’a aidé en cela quand sa carrière solo a décollé tout récemment. Il fait évidemment partie de cette nouvelle vague qui devra palier au départ du Zeus d’Afrique Arafat.

Ciao l’artiste et merci !

Au moment de clore cet article, nous voulions saluer la mémoire de l’artiste ivoirien qui aura marqué ce début de XXIe siècle de son empreinte. Nous avons accompagné son parcours tout au long de nos quatre années d’existence, il nous a aidé à affiner notre expertise musicale, il nous a fait danser, fait rire, il nous a agacé aussi par ses facéties et ses excès. Notre fierté chez WANA, c’est d’avoir traité l’artiste à la hauteur de la légende vivante qu’il était tout en essayant d’être le plus lucide possible sur son actualité musicale. Depuis ce foutu lundi, il nous a rendus tous tristes et incrédules à la nouvelle de sa disparition. Mais nous n’y croyons pas, comme il n’a pas cru au décès de son ami Jonathan. Comme lui pour Jonathan, nous pensons qu’il n’est pas mort parce qu’il est dans notre mémoire. Pour toujours. Adieu Ange Didier Houon, vive DJ Arafat !

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