Poupées made in Nigeria : pour que les jeunes filles soient fières de leur identité !

par / Aucun commentaire / 17 février 2016

Hijarbie, Queens of Africa et Naija Princesses, sont les noms des nouvelles poupées qui font fureur auprès des jeunes filles nigérianes. Des poupées qui avant tout ressemblent à celles qui jouent avec. Elles sont noires, elles sont naturelles, habillées de vêtements traditionnels ou avec un voile islamique sur la tête, ces poupées permettent aux jeunes filles (donc noires, naturelles, habillées de vêtements traditionnelles ou avec un voile islamique sur la tête) d’être fières de ce qu’elles sont.

Ces poupées naissent d’un constat simple.

Que ce soit Taofick Okoya ou Haneefa Adam, les deux s’insurgeaient de ne pas trouver de poupées qui ressemblent aux jeunes filles du Nigeria. Ils ont remédié à cela à leur manière :

Taofick Okoya, un père de famille de 43 ans cherchait à offrir une poupée à sa fille, mais aucune ne lui faisait penser à sa fille ni aux autres filles du pays, alors, il y a huit ans il créa deux lignes de poupées qui occupent aujourd’hui 15% du marché du jouet dans le pays, devant Barbie.

Les poupées sont inspirées des trois ethnies les plus représentées au Nigeria. Il en existe deux lignes, Queens of Africa, Nneka (Ibo), Azeezah (Hausa) et Wuraola (Yoruba) et les Naija Princesses, plus accessibles, la princesse Ibo, Chinyere, la princesse Hausa, Aisha et la princesse Yoruba Temilola.

Ces rennes et princesses portent toutes des vêtements de couleurs vives, imprimés de motifs populaires en Afrique de l’Ouest, et connaissent un large succès.

poupées queens of africa poupées najia princess

Haneefa Adam quant à elle, jeune fille voilée, regrettait de ne pas trouver de poupée à son image sur le marché des jouets. En préparant sa maitrise en pharmacologie, la jeune nigériane s’est obstinée à imaginer une poupée habillée en hijab, comme elle et d’autres millions de jeunes filles à travers le monde. Une poupée capable être une source d’inspiration pour les jeunes musulmanes sans leur reprocher d’être voilée.

Contrairement à Taofick Okoya, Haneefa Adam ne crée pas une nouvelle poupée, mais son message va être diffusé à travers les réseaux sociaux.

La jeune femme de 24 ans, qui est musulmane et porte le hijab décide de faire porter le voile à la fameuse poupée Barbie. Elle crée un compte instagram et poste des photos de Hijarbie (comprenez Barbie avec le hijab). Le compte connait un large succès, preuve certainement d’une demande féminine, musulmane et voilée !

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«Fière et heureuse d’être une petite fille africaine».

 Si les poupées globalement ne ressemblent en rien aux jeunes filles africaines, cela peut être interprété négativement. Une couleur de peau noire, ne vend pas assez ou pire n’est pas jolie, le voile islamique est souvent perçu comme étant une oppression pour celles qui le portent, mais quid de ces jeunes filles à la peu d’ébène et celles voilées. Elles sont à la recherche d’héroïnes, de femmes fortes auxquelles elles peuvent s’identifier, comme n’importe quel autre enfant. Comment peuvent-elles vivre dans un monde où ce qui les caractérise (peau, cheveux, religion, culture) est jugé si mal ?

C’est ainsi qu’ont raisonné Taofick Okoya et Haneefa Adam, il ne faut pas attendre que le monde occidental se rende compte que ce qui est différent de lui puisse être positif, il faut prendre soi-même des initiatives.

Taofick Okoya voulait que sa fille soit «fière et heureuse d’être une petite fille africaine». Car l’influence culturelle occidentale a poussé, un jour, sa petite fille à vouloir être blanche.

Haneefa Adam a vite saisi cette appréhension des parents d’Afrique qui veulent que leurs enfants puissent jouer avec des poupées qui leur ressemblent et les rendent fières de ce qu’elles sont. D’ailleurs, le principal « moteur » de Hijarbie consiste à changer les idées reçues sur le voile islamique, la jeune nigériane estime que le voile est avant tout un symbole de libération et non pas d’oppression, car « la large majorité des filles voilées décident elles-mêmes de porter le hijab ».

Des poupées et des messages qui connaissent un succès prometteur.

 Les Queens of Africa et les Naija Princesses se vendent bien, très bien même, puisqu’il s’en vend entre 6000 et 9000 par mois, d’abord au Nigeria mais aussi aux Etats-Unis, au Brésil, en Europe, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud.

Bien que ces poupées soient un succès M. Okoya s’estimera entièrement heureux le jour où ses poupées « auront atteint chaque enfant d’origine africaine à travers le monde, pour devenir un symbole de fierté en leur faisant apprécier ce qu’ils sont, en tant qu’Africains».

Haneefa Adam espère surfer sur une nouvelle vague actuelle autour du voile islamique, loin des indignations et des accusations, aujourd’hui le hijab est devenu un accessoire de mode, mis en vedette par H&M l’an dernier et développé en produit de luxe par Dolce & Gabbana il y a quelques semaines. La jeune nigériane est persuadée qu’une poupée qui ressemble aux jeunes filles musulmanes peut être une vraie alternative. Bien sur sa poupée voilée ne fait pas l’unanimité, les reproches légions sur la Barbie originale (bimbos, bête, et superficielle) sont désormais quasi-islamophobes par moment, mais hijarbie  a pour vocation de changer l’image du voile musulman, car sous ce tissu, il n’y a rien d’autres que des jeunes filles belles, fières et pleines de rêves, comme les autres…

Pour en savoir plus :

http://www.queensofafricadolls.com/

https://www.instagram.com/hijarbie/

 

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