Papicha, le film hommage à la femme algérienne.

par / Aucun commentaire / 13 octobre 2019

Papicha, premier film de Mounia Meddour, nous plonge dans le souvenir douloureux des années noires de l’Algérie. Puissante, l’intrigue se veut avant tout un hommage au courage de la femme algérienne.

Papicha, de Mounia Meddour !

  • Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda…
  • Produit par High Sea Production, The Ink Connection, Tayda Film…
  • Distribué par Jour2fête

Mouvementée, ainsi fut la promotion autour de Papicha ! Le film a reçu un accueil particulièrement enthousiaste à Cannes au même moment où la population algérienne manifestait dans les rues. Longtemps susceptible d’être en lice pour l’Oscar du film étranger, cette possibilité s’amenuise dans la mesure où, sans explication, sa sortie a été annulée en Algérie. Ce contexte suffit pour comprendre que Mounia Meddour nous propose un film unique. Troublant.

Synopsis : Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux “papichas”, jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

Papicha, en souvenir de la décennie noire.

L’Algérie a connu au cours de la décennie 1990 une période tragique durant laquelle ses enfants s’entretuaient. Une époque où vivait une jeunesse partagée entre l’apprentissage par cœur des chansons de Roch Voisine et de Benny B et la crainte. Les informations à la télévision et les bruits dehors témoignaient de la mort toujours présente. Tout le temps. Les gens craignaient pour leur vie le jour, la nuit. Sur la route, chaque barrage devenait un avant-gout de la mort. Une ambiance délétère continuellement présente et qui réapparaissait à chaque fois que l’allégresse semblait l’avoir remplacée. Papicha a su parfaitement replonger le spectateur dans cette atmosphère si particulière.

Les papichas s’apprêtent à sortir en douce. Papicha.
Les papichas s’apprêtent à sortir en douce

Avec le choix de faire de jeunes filles ses personnages principaux, le film a trouvé le meilleur moyen de redonner vie à cette époque. La mort vient mettre fin à chaque petit moment de bonheur que Nedjma et ses amies ressentaient comme pour leur rappeler que la joie était interdite. Tout ce qui pouvait apporter un éclairage, une lueur, était détruit. Papicha est le portrait d’une époque où en Algérie la passion devenait interdite, en particulier pour une femme. Les journalistes et les chanteurs étaient les cibles favorites des promoteurs de la haine. A l’image de l’assassinat de Cheb Hasni, l’idole de la jeunesse algérienne. Le chanteur de Raï sentimental est éternellement lié à cette époque, à cette jeunesse et à ce sentiment d’impuissance.

Papicha, hommage à la femme algérienne.

Dans ce pays qui se fait la guerre, les hommes combattent et les femmes souffrent. Et dans cette société que tous les hommes du film, ou presque, semblent vouloir, la femme devient la cible privilégiée du chantage sexuel, des agressions et du viol. Librement inspiré de faits réels, le film raconte la rage d’une jeune étudiante algéroise. Nedjma, interprétée par Lyna Khoudri, défend son rêve de devenir créatrice de mode dans une société qui subit les intimidations islamistes. Alors que ses boutiques préférées ne vendent plus que des voiles et que ses cours de français sont interrompus, Papicha fait tout pour continuer de vivre. Elle se cache pour sortir tard le soir. Elle arrache les affichent qui préconisent la manière dont une femme doit s’habiller. Elle tient tête à ces garçons qui lui suggèrent que pour être heureuse elle doit rester à la maison ou quitter le pays.

Lyna Khoudri dans le rôle de Nedjma est la révélation de Papicha
Lyna Khoudri dans le rôle de Nedjma est une révélation

Nedjma refuse ces alternatives plus que tout. Elle aime trop son pays pour accepter de prendre part à ce dilemme.  L’héroïne veut se battre. Elle veut organiser un défilé de mode dans les locaux de son université. L’idée de son défilé consiste à travailler le haik, ce voile typique et intiment lié à l’histoire récente de l’Algérie. Comme un symbole, ce voile censé cacher la femme a en réalité aidé à libérer le pays. Une scène du film montre notamment comment le haik peut être porté de différentes manières, que l’on soit mariée ou célibataire. Et retravailler ce tissu, si fort symboliquement, est une manière de se réapproprier son destin.

Une nouvelle vague pour le cinéma algérien ?

Ce long-métrage, dont l’intrigue se situe dans les années noires de l’Algérie, a une résonance particulière en 2019. Le pays traverse actuellement une situation complexe : son peuple occupe les rues chaque vendredi dans le but de transformer totalement le système en place. Longtemps, les Algériens ont refusé de sortir dans la rue dans la crainte de revivre l’horreur des années 1990. Le traumatisme est encore présent mais la peur s’est avérée injustifiée. La révolte algérienne brille par son esprit pacifique. Papicha est quelque part un hommage à ce courage. Celui qui permet de détruire les barrières psychologique que l’on impose à une société. Pour avancer, il faut prendre exemple sur Nedjma, Wassila, Samira ou encore Kahina. Elles sont l’Algérie.

Amira Hilda Douaouda,  Lyna Khoudri,  Shirine Boutella et  Zahra Doumandji  autour de Mounia Meddour, la réalisatriche de Papicha
Amira Hilda Douaouda, Lyna Khoudri, Shirine Boutella et Zahra Doumandji autour de Mounia Meddour.

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