Mondial 2026 de football : vers une (improbable) organisation africaine conjointe ?

par / Aucun commentaire / 23 mars 2017

C’est une information à prendre avec énormément de précaution : le quotidien marocain Assabah, repris par la chaîne d’information panafricaine Africanews, affirme qu’un accord a été trouvé entre le Maroc et la Côte d’Ivoire pour une candidature conjointe pour l’organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2026. Une candidature africaine inédite pour le Mondial 2026 qui pourrait voir une nation européenne se joindre à cet ambitieux projet impulsé par le Maroc. Info ou intox ? Tentative d’analyse. 

Mondial 2026 : l’Afrique prête à accueillir sa 2e Coupe du Monde

En ce mois de mars, l’Afrique est au cœur de l’actualité footballistique. Après l’élection mouvementée à la Confédération africaine de football (CAF) qui a vu le Malgache Ahmad Ahmad remporter les suffrages devant l’inamovible président en exercice depuis 1988 le Camerounais Issa Hayatou, c’est maintenant le projet de candidature pour le Mondial 2026 initié par le Maroc qui est au centre des débats. Car le Royaume veut recevoir le monde du football sur ses terres, 16 ans après la Coupe du Monde en Afrique du Sud, la première sur le continent. Après les candidatures infructueuses pour 1998 (France), 2006 (Allemagne) et 2010 (Afrique du Sud), le Maroc voit pour 2026 une belle opportunité pour enfin rafler la mise. En effet, la dernière édition du Mondial ayant eu lieu en Amérique du Sud (Brésil 2014) et les prochaines en Europe (Russie 2018) et au Moyen-Orient (Qatar 2022), il ne fait aucun doute que le tour de l’Afrique est à envisager. Mais il faudra faire face à la probable candidature nord-américaine (Etats-Unis/Canada/Mexique) qui n’a plus vu la Coupe du Monde depuis 1994 (USA) et dont le projet semble être en avance sur son concurrent africain. Cette candidature répondant aux nouvelles exigences du président de la FIFA Gianni Infantino, qui préconise des candidatures conjointes à plusieurs pays.

La réponse marocaine ne s’est pas faite attendre. Le Maroc compte s’appuyer sur un voire deux partenaires pour organiser cette compétition dont le gigantisme économique et logistique ne permet plus à un unique pays d’en assumer la charge. La presse africaine a largement repris l’accord passé avec la Côte d’Ivoire pour envisager une candidature en tandem. Les relations entre Marocains et Ivoiriens sont au beau fixe et se sont renforcés sur le plan économique et surtout diplomatique, en atteste la visite d’Etat de 15 jours du Roi Mohammed VI en Côte d’Ivoire ces derniers jours. Nul doute que cet accord a été ficelé durant cette visite mais le choix ivoirien n’est pas le fruit du hasard. Le président Alassane Ouattara compte faire de son pays un acteur influent des Etats émergents dans les années à venir et veut s’appuyer sur une solide expertise de l’organisation de grands événements sportifs internationaux, la Côte d’Ivoire se préparant à organiser les VIIIes Jeux de la Francophonie cet été à Abidjan et la Coupe d’Afrique des Nations de Football en 2021. Cette coopération marocco-ivoirienne entre également dans la stratégie du Maroc dans son investissement sur la scène diplomatique africaine, elle qui s’est longtemps éclipsée de l’Union Africaine (à cause du conflit sur la reconnaissance du Sahara occidental comme Etat indépendant) : un nouvel exemple de l’utilisation du sport comme un instrument politique et diplomatique ?

L’Espagne comme “caution” européenne ?

Dans un premier temps, le Maroc a envisagé une candidature avec des partenaires européens, notamment le Portugal. Finalement, ce dernier s’est retiré des tractations pour des raisons économiques. L’autre pays envisagé, avec lequel les négociations vont débuter n’est autre que l’Espagne. Déjà candidate en 2022 pour un projet ibérique aux côtés du Portugal, les Espagnols faisaient également partie du plan initial “Maroc 2026”. Le Maroc compte sur l’Espagne, les deux pays étant liés par une Histoire commune depuis plusieurs siècles et par une culture du football aussi forte d’un côte comme de l’autre de la Méditerranée. Les Espagnols auront aussi à cœur de vouloir organiser un événement d’une telle envergure, eux qui ont déjà organisé la compétition en 1982 et qui n’ont plus organisé un événement comparable depuis les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 (en attendant les Jeux méditerranéens à Tarragone en 2018).

De plus, la perspective de voir une candidature pluri-confédérale (UEFA-CAF) serait un fait inédit dans l’Histoire de la Coupe du Monde. En bénéficiant de l’aval des deux confédérations, elle pourrait également être une alternative crédible et sérieuse à la candidature nord-américaine, l’Europe voulant toujours peser de tout son poids dans les décisions importantes prises pour l’avenir du football mondial. Avec les différentes mains tendues du président Infantino vers les pays africains depuis son élection et le changement de président à la tête de la CAF, le Maroc dispose d’atouts solides pour espérer remporter le jackpot auprès de la FIFA.

Quoi qu’il en soit, cet avant-projet est une idée originale. Une candidature tripartite entre un pays du Maghreb, un pays d’Afrique subsaharienne et un pays d’Europe occidentale pour accueillir le plus grand événement sportif du monde : et si elle était là, l’idée la plus WANA de tous les temps ? Le symbole semble utopique à l’heure actuelle mais il serait beau en termes d’union des cultures et d’émergence du continent africain sur la scène internationale.

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