« Mon cher enfant », l’amour d’un père à l’épreuve du djihad !

par / Aucun commentaire / 26 novembre 2018

Mon cher enfant raconte l’histoire d’un amour infaillible, celui d’un père pour son fils. Appréciable pour sa justesse et son réalisme, ce second film de Mohamed Ben Attia est touchant par l’originalité de son traitement de la question du radicalisme.

Mon cher enfant, un drame familial !

  • Avec Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Zakaria Ben Ayyed…
  • Produit par Nomadis Images, Les Films du Fleuve, Tanit Films.
  • Distribué par BAC Films.

Deuxième long métrage de Mohamed Ben Attia après le succès en festival de « Hedi, un vent de liberté » (meilleur premier film et Ours d’argent du meilleur acteur à la Berlinale 2016), le cinéaste tunisien revient avec Weldi (le titre original), une œuvre qui se consacre une nouvelle fois aux rapports familiaux et à la difficulté de les surpasser.

Synopsis Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît…

L’histoire d’une famille simple face à un défi complexe !

Mon cher enfant débute comme une simple chronique sur le quotidien d’une famille moyenne de Tunisie. Une famille organisée autour de la préparation aux examens du baccalauréat de son fils unique. Le film fait le choix de suivre le père de famille incarné magnifiquement par Mohamed Dhrif. Il s’occupe de son fils malade de terribles migraines, il l’attend en pleine nuit dans la voiture pendant qu’il s’amuse avec ses amis, il lui achète des vêtements et ses céréales préférées et s’inquiète pour son avenir.

© Bac Films – tous droits réservés

Le fils quant à lui semble se refermer sur lui-même. Son silence est effroyable ! Aussi effroyable que le silence laissé par sa disparition sans que personne ne s’y attende. Et si les migraines n’étaient pas dues au stress provoqué par l’approche des examens mais par un projet bien plus funeste ? C’est ce que le père comprendra à la lecture d’un mot laissé par l’enfant qu’il vient de perdre !

Un film subtil au service d’un thème qui ne l’est pas !

Rares sont les films qui parviennent à traiter du terrorisme et du radicalisme avec subtilité. Ces thématiques laissant facilement place au sentimentalisme et au manichéisme. Le cinéaste tunisien Mohamed Ben Attia écarte tous les pièges du genre pour livrer un drame intimiste frappant de simplicité et de sincérité. Un drame qui nous interroge surtout sur le manque de recul dont nous faisons preuve lorsque la question du terrorisme est discutée.

© Bac Films – tous droits réservés

Si la condamnation est légitime, le film préfère faire le choix de la délicatesse pour ne pas tomber dans un processus prévisible. Mon cher enfant n’est pas un film qui traite de la haine ou de la colère, il fait au contraire le pari de l’amour. Son propos n’est pas de dénoncer mais de  dépassionner pour concerner chacun. Sans accuser.

Mon cher enfant, bouleversant de vérité !

Le minimalisme et la sobriété de la mise en scène sont les principales réussites de ce film. Cette approche simple et cohérente nous force à l’empathie. Mohamed Ben Attia fait le choix juste de ne donner aucun indice quant à la radicalisation de l’enfant. Nous ne connaissons pas les raisons qui l’ont poussé à se rendre en Syrie. La seule certitude que le spectateur possède est le dépit de ses parents.

On suit d’ailleurs sans arrêt ce père toujours en mouvement qui décide de partir retrouver ce fils. Comme pour l’accompagner dans sa quête de vérité, le téléspectateur suit ses pas. À travers les yeux d’un père, le réalisateur offre un portrait mesuré d’une jeune génération sans repères au milieu d’une Tunisie qui se paupérise. Ce film est simple, ceci le rendant à la fois juste et déchirant !

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