Mary Nguetta (Pagnifik) : “Les cultures africaines n’ont rien à envier aux autres”

par / Aucun commentaire / 8 juin 2017

Après 3 ans d’existence, « Wax a Wonderful World Paris » rencontre un vif succès auprès de la population Afro-descendante parisienne bien sûr, mais aussi au-delà. Cet événement mettra à l’honneur la culture africaine, au travers de la mode et du design. En marge de ce rendez-vous estival, WANA a rencontré Mary Nguetta pour une interview exclusive sur les nouveautés de cette 6e édition et son regard sur le continent africain.

WANA : Pourquoi l’événement qui se déroule habituellement sur une journée s’est étendu sur deux journées cette année ?

Mary Nguetta : Pour cette édition, nous avons souhaité apporter de l’innovation et voir les choses un peu plus en grand : allonger la durée du salon avec une soirée de lancement traduit cette volonté d’innovation. Ainsi, cette soirée sera l’occasion de donner plus de place à une des animations préférées du salon : les défilés thématiques. Elle permettra aussi d’apporter du contenu nouveau avec un show-case musical et un cocktail. La journée de samedi, elle, sera réservée comme les autres fois au shopping et aux différentes animations.

WANA : Quelles seront les autres nouveautés de cette édition 2017 ?

Mary Nguetta : Pour la soirée de lancement, il y a une nouveauté dans les défilés. L’un d’entre eux prendre en fait la forme d’un jeu concours organisé en partenariat avec Julius Holland. Le principe, c’est d’inviter des marques à proposer une tenue sur un thème fixé. Le jour J, elles pourront présenter leur tenue via le défilé dédié.

Au titre autres nouveautés prévues, il y a le corner Enfants le samedi après-midi. Des activités ludiques pour eux, afin qu’ils puissent profiter aussi du salon en venant avec leurs parents.

Il y a également une exposition Photos prévue avec la collaboration de Virginie Ehonian, la créatrice du blog African Links et de la box culturelle Nooru Box, qui sera d’ailleurs à découvrir et à acheter sur place.

Nous avons aussi mis un accent plus particulier sur les cadeaux pour les invités : un choix de cadeaux originaux, que chacun pourra choisir en achetant son billet en prévente. D’ailleurs, nos écharpes en pagne tissé, réalisées spécialement en Côte d’Ivoire connaissent un franc succès !

WANA : Est-ce que le Wax est uniquement un tissu estival ? Nous avons d’ailleurs remarqué que vous ne faites plus d’éditions hivernales. Y’a-t-il un lien ?

Mary Nguetta : On a longtemps cantonné le wax aux saisons estivales… à cause de ses couleurs vives, de ses motifs. Mais force est de constater que la donne a progressivement changé. Je fais partie de ceux qui estiment qu’il n’y aucune raison de s’interdire les couleurs et les imprimés en hiver. Et donc le wax peut se porter aussi même lorsqu’il fait froid. Il suffit de concevoir les bonnes coupes, les bonnes associations de matières et un aspect pratique des choses.

Concernant les éditions hivernales du salon, le fait d’y avoir renoncé n’est en aucun cas lié au port du wax selon les saisons. Bien au contraire, on a reçu beaucoup de messages un peu déçus de marques et de visiteurs du salon quant à la suppression des éditions hivernales. C’est dire donc qu’il y a de la demande.

Deux raisons pas nécessairement liées m’ont fait renoncer à l’édition hivernale : l’investissement en temps pour tout préparer, qui peut s’avérer parfois usant, et le fait que l’année dernière j’ai souhaité organiser le salon à Abidjan, ma ville de naissance.

WANA : Des polémiques vis-à-vis du Wax ont lieu récemment concernant sa fabrication hors d’Afrique. Quel est votre avis sur le sujet ?

Mary Nguetta : J’aurai tellement à dire sur le sujet… En quelques mots, je dirai que c’est un faux procès qui est fait au wax. Comme beaucoup, ça me chagrine que les plus gros producteurs de wax ne soient pas basés en Afrique, que les « vrais » textiles africains soient occultés au profit du wax.

Mais je pense qu’il ne faut absolument pas en vouloir au wax d’avoir réussi une percée dans la mode contemporaine. Certains parlent d’une mode passagère qui va s’essouffler, d’autres non. Mais dans tous les cas, le regain d’intérêt du wax un peu partout, crée un engouement qui profitent aux artisans couturiers dans de nombreuses capitales africaines, a fait naitre des vocations parmi des jeunes afro-descendants qui ont lancé leur marque… et la liste des bénéfices est encore longue !

Bref, ma position est donc de laisser le wax continuer son bout de chemin, et à côté, de promouvoir les textiles africains. De mon côté, c’est ce que je m’attelle en faisant des recherches pour présenter ces autres textiles.

WANA : Craignez-vous que revendiquer son « africanité » ne soit qu’une tendance dans l’air du temps ?

Mary Nguetta : Pour ma part, je pense sincèrement que ce n’est pas qu’une question de tendance. La question de l’identité touche toutes les communautés d’une manière générale. Les Africains ne sont donc pas en reste, et on peut être plus que d’autres besoins de s’affirmer et de montrer que leurs pays, leurs cultures n’ont rien à envier aux autres.

Je le ressens personnellement de cette manière, et je pense que je ne suis pas la seule. Donc non, ce n’est pas qu’une tendance.

WANA : Votre rendez-vous est désormais incontournable au sein de la diaspora africaine. Quel regard avez-vous sur votre chemin parcouru ?

Mary Nguetta : C’est un réel plaisir de vous entendre dire que le salon est incontournable au sein de la diaspora. En étant immergée de longs mois dans la phase de préparation, puis après à observer ce qui n’a pas marché, ce n’est pas évident d’avoir le recul nécessaire. Vos mots sont donc plus qu’encourageants ! Merci !

Ce qui me motive, c’est de participer à ma manière à faire apprécier la créativité africaine au travers de la mode et la culture. J’y mets toute mon énergie en ayant pour crédo de faire les choses avec sérieux. C’est en tout cas de cette manière que j’envisage chaque étape et chaque édition.

J’ai déjà eu des moments d’extrêmes découragements… mais j’ai toujours su trouver des personnes attentives et de bons conseils pour m’aider à les surmonter. J’espère continuer comme ça.

WANA : Est-il envisageable de créer l’événement Wax A Wonderful World dans d’autres capitales européennes ou africaines après Paris et Abidjan ?

Mary Nguetta : Je pense qu’à ce stade, ce n’est pas envisageable. Si j’ai pu organiser quelque chose à Abidjan, c’est parce que je connais la ville, y ait mes attaches, ma famille et un réseau. Malgré tout cela, les choses n’ont pas forcément été évidentes, même si tout c’est tout s’est bien passé au final.

Donc non, je n’ai pas envie de tenter une organisation dans une ville que je ne connais pas. Pagnifik reste une petite structure et il faut continuer à y aller progressivement. Pourquoi pas dans quelques années…

WANA : Quelle est votre définition de la Nouvelle Afrique ?

Mary Nguetta : Parler de Nouvelle Afrique signifierait qu’il y ait une Ancienne Afrique…. Cette idée sous-entend que le passé est moins bien que le présent, et ça me dérange un peu. Le continent africain a son histoire, il suit comme les autres l’évolution du temps. Il s’appuie sur le passé pour en tirer le meilleur pour l’avenir.

Je ne vois pas de rupture qui impliquerait de parler de Nouvelle Afrique. D’ailleurs, le fait de puiser dans des techniques et méthodes ancestrales passées pour concevoir les choses aujourd’hui montrent bien qu’on est dans une forme de continuité voire une meilleure appropriation de la richesse culturelle.

WANA : Un dernier mot pour vos soutiens et nos lecteurs partout dans le monde ?

Mary Nguetta : Il y a quelque chose qui m’a depuis le début apporté une profonde satisfaction avec Pagnifik : c’est la fidélité des lecteurs et leur provenance d’un peu partout dans le monde. A chaque fois que je consulte les statistiques de visite du site, je suis étonnée de voir par ci par là, un pays émerger dans la liste des pays avec le plus grand nombre de visites. Certains mois, j’ai vu avec beaucoup de surprises l’Indonésie dans le TOP 3, d’autre fois le Congo dans le TOP 2 etc… Je suis donc extrêmement reconnaissante vis-à-vis de tous les soutiens reçus et de la fidélité et des encouragements des lecteurs.

Et merci aussi à l’équipe WANACorp. J’apprécie la qualité de votre travail et pour ne rien vous cacher, j’ai été surprise la première fois où je vous ai rencontré de constater votre jeune âge. Je ne peux donc que vous encourager dans cette belle voie.

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