D’où viennent les immigrés subsahariens présents au Maroc ?

par / Aucun commentaire / 30 avril 2018

Au-delà de son retour au sein de l’Union Africaine après des décennies d’absence et de sa probable adhésion à la CEDEAO, le Royaume chérifien brille par sa diplomatie africaine. Probablement comme gage de bonne volonté ou par obligation humanitaire, le Maroc accueille et tente d’intégrer en son sein une nouvelle population : les ressortissants subsahariens ! Enquête.

De quels pays sont originaires les ressortissants africains qui vivent au Maroc ?

Plusieurs pays d’Afrique sont représentés par les subsahariens présents au Maroc. Une diversité de pays qui participe à présenter ce pays comme une terre d’immigration pour africain vu le nombre de nationalités que l’on peut rencontrer. Selon nos données et ceux de l’Université de Rabat, les pays africains les plus représentés sont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, la Guinée, la République démocratique du Congo, le Mali, le Nigeria, le Niger, le Bénin et le Togo. Tout d’abord, nous avons là en majorité des ressortissants de pays francophones qui pensent partager une langue commune avec le Maroc.

Ensuite, des pays comme le Sénégal ou la Guinée partagent avec le Royaume chérifien une religion, l’Islam, une dimension religieuse qui a son importance. Puis, parmi les pays les plus représentés, certains sont parmi les plus pauvres du monde, ceux qui offrent le moins d’opportunités d’avenir. Enfin, les accords du Maroc avec certains pays permettent à des personnes originaires par exemple du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire de voyager légalement et sans visa. Qu’ils soient entrés clandestinement ou non, par avion ou par le désert. Qu’ils aient été poussés sur la route par un impératif de survie ou par la volonté d’améliorer leur situation, ces migrants n’ont eu d’autres choix que de quitter leur pays d’origine.

Pourquoi ces immigrés ont-ils quitté leur pays ?

Nous avons été particulièrement surpris par la diversité des déterminants de l’émigration des personnes interrogées. Il y a celui qui a été chassé de son foyer à cause de son homosexualité et l’enfant unique rejeté par la nouvelle femme de son père. Il y a le père de famille qui cherche à rejoindre sa femme et son fils installés en Allemagne. Sans parler de ceux qui ont choisi de partir à l’aventure pour fuir la pauvreté ou pour tenter de trouver un travail à la hauteur de leurs qualifications. Les femmes aussi avaient chacune une raison propre les amenant à quitter leurs pays. Trois Ivoiriennes ont fui leur pays pour la même raison, la guerre, mais ont eu trois parcours différents. La femme d’affaires, aisée, qui a laissé tous ses biens pour rejoindre le Maroc en avion.

A tour de rôle les migrants racontent leurs histoires personnelles.

La femme en couple, issu d’un milieu précaire qui s’est retrouvée avec son mari dans un camp de réfugiés au Togo puis sur les routes du désert avant de rejoindre le Maroc par la frontière nord avec l’Algérie. Et la jeune femme issue également d’un milieu social défavorisé qui s’est faite remarquée par un ressortissant marocain pour l’embaucher comme femme de ménage. Toutes les trois vivent aujourd’hui à Rabat comme employées de maison. Nous pouvons également mentionner la fille qui a fui un mariage organisé, celle à qui une femme a promis un travail de domestique pour se rendre compte que le seul travail qui lui avait été prévu était de se prostituer. Enfin, la jeune fille qui prétend avoir fui un sort jeté à sa famille, après que plusieurs femmes de sa famille aient trouvé la mort dans d’étranges circonstances…

Pourquoi ces personnes ont-elles fait le choix du Maroc ?

Quitter son pays a été vécu unanimement comme un déchirement pour la quasi-totalité des personnes rencontrées, excepté les étudiants pour qui le voyage était une opportunité à saisir. Les étudiants prévoyant en général une date de retour à la fin de leur cursus universitaire, un retour impossible à planifier pour tous les autres. Hormis les étudiants, personne n’a vraiment rejoint le Maroc de son plein gré. Le pays est rarement la destination finale à l’heure du départ pour les émigrants, sauf pour ceux ayant été obligés de fuir un conflit. Dans ce cas, le Maroc est certes la destination finale initiale, mais le départ du pays a été forcé par la peur. Le choix du Maroc pour ceux menacés s’explique doublement.

Les pays subsahariens les plus représentés par leurs ressortissants au Maroc.

Pour les uns, le pays est facile d’accès et ne nécessite pas de visa (Côte d’Ivoire). Pour les autres, ils empruntent les flux migratoires historiques et se retrouvent au Maroc (RD Congo). Pour les ressortissants africains, le Maroc est un pays connu comme étant francophone, facile d’accès et pour sa proximité avec l’Europe. Ils apprécient que le Royaume puisse offrir la possibilité de finir leurs études et d’observer leur culte. Le Maroc est une alternative africaine pour une population qui n’a d’autres choix que de migrer pour (sur)vivre. La migration étant pour eux une alternative à la précarité, une réponse à l’absence d’opportunités professionnelles ou une fuite d’un conflit.

Après avoir longtemps été considéré comme une terre d’émigration et une terre de transit, le Maroc tend aujourd’hui à se présenter comme une terre qui accueille, une terre d’immigration. A l’image de la ville d’Oujda, cette réalité s’avère être une réussite. Seulement, l’intégration des ressortissants africains au sein du Royaume chérifien n’est pas encore sans faille. En témoigne le dur quotidien des personnes qui ne trouvent d’autres solutions que de prendre la mer depuis les territoires marocains, au péril de leur vie…

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