Immigration subsaharienne au Maroc : les chemins de l’aventure !

par / Aucun commentaire / 12 novembre 2018

Ici, nous allons nous attarder sur le parcours des migrants arrivés au Maroc. Bien que nombreux sont ceux qui arrivent par la voie des airs et légalement, nous ne devons pas oublier de mentionner ceux qui prennent le chemin des routes et de manière clandestine. 

 Les portes d’entrées marocaines.

Le Maroc dispose de trois principales portes d’entrées. Chacune empruntée par un migrant au profil particulier. Deux groupes de migrants sont alors à différencier, ceux arrivés légalement par la voie des airs et ceux parvenus au Maroc de manière irrégulière et par la route.

Casablanca

La ville est empruntée par les migrants qui parviennent au Maroc légalement. Les résultats d’une étude de l’Université de Rabat[1] indiquent que cette porte est la plus utilisée : 70% des subsahariens présents au Maroc seraient arrivés par la voie des airs. Cette population est généralement assez aisée et vient des pays qui possèdent des accords avec le Maroc dispensant leurs ressortissants de demander un visa pour les trois premiers mois du séjour dans le Royaume. La politique africaine de la compagnie aérienne Royal Air Maroc[2] et le réseau de vols de cette dernière facilite également le voyage vers Casablanca pour beaucoup d’Africains. Enfin, cette porte d’entrée est empruntée par les étudiants qui ont eu la chance d’obtenir un visa d’étude, les migrants aisés fuyant la guerre et les femmes recrutés depuis la Côte d’Ivoire pour devenir domestique.

Dakhla

Une ville difficilement accessible illégalement. La frontière mauritanienne est militarisée et étroitement contrôlée pour faire face à la fois aux incursions du Polisario mais surtout pour se défendre contre la circulation des djihadistes et autres trafiquants de la région. En conséquence, les migrants qui utilisent cette voie sont majoritairement en possession de leur passeport et n’ont pas besoin de visa pour entrer au Maroc et y rester. Cette porte du désert est principalement empruntée par des migrants ouest-africains venus du Sénégal, du Mali et du Niger. La plupart, viennent travailler à Dakhla. Les migrants qui utilisent cette voie n’hésitent pas à faire des allers-retours pour maintenir la validité de leur séjour. Il faut savoir qu’une semaine suffit pour lier Dakar à Dakhla en car.

Oujda

La ville est un point d’entrée majeur pour les migrants subsahariens, particulièrement ceux arrivés irrégulièrement. Bien que la frontière entre l’Algérie et le Maroc soit fermée depuis plus de 20 ans, cela n’empêche pas la région d’être empruntée quotidiennement par des contrebandiers de carburants et par des travailleurs et touristes clandestins algériens. Bien que les contrôles se soient renforcés du côté algérien ces dernières années[3], la traversée illégale reste possible ce qui a le don de provoquer des tensions entre les gouvernements marocain et algérien.

La traversée du désert !

En dépit de l’hostilité du climat, l’espace saharo-sahélien est un espace migratoire. Les routes commerciales du XVe siècle, les déplacements millénaires des pasteurs nomades ou encore les sécheresses sahéliennes des années 1970 ont également largement contribué à la consolidation de cet espace en zone de mouvement[4]. Un espace migratoire particulièrement dangereux également.

Routes migratoires transsahariennes[5].

AQMI en a fait son territoire et il n’est pas rare de devoir s’acquitter d’une rançon pour échapper au contrôle des Touaregs rebelles. Pourtant, malgré l’aridité, la chaleur et la distance, le Sahara ne constitue pas une barrière infranchissable. Ceci est certes particulièrement vrai depuis des centaines d’années et l’arrivé du chameau au IIème siècle qui a rendu le désert franchissable, au commerce d’abord, à la conquête arabe ensuite[6], mais la traversée du Sahara reste un exploit. Il est intéressant de noter les similitudes entre le chemin emprunté par les migrants au cours de leur parcours aujourd’hui et les routes de commerces du Moyen-Age.

Villes et routes du commerce transsaharien à la fin du XVème siècle

La durée du voyage !

Que ce soit par avion ou par la route, le chemin pour le Maroc est court depuis les pays subsahariens dont sont originaires les immigrés du Royaume. Si le migrant met plus de 5 mois à rejoindre le Maroc, cela signifie qu’au cours de son aventure, il ait eu à s’arrêter pour faire face à deux situations. La première surgit lorsque le migrant épuise toutes ses économies et doit alors travailler dans une ville étape de son parcours pour épargner suffisamment pour entreprendre l’étape (la ville) suivante. La seconde surgit lorsque le migrant devient la victime de trafiquants ou de rebelles.

Dans ces cas-là, le migrant doit payer pour sa vie, quitte à appeler sa famille au pays pour lui envoyer de l’argent[7] et être libéré du camp où il est prisonnier. L’épargne personnelle et l’aide de la famille constituent 93 %[8] des sources de financement de la migration des candidats au départ. L’importance de la famille comme source de financement a un impact sur le comportement de l’aventurier, d’abord en termes de transferts, puis de perspective de retour. Le migrant se sent porteur d’une mission « rendre à sa famille ce qu’elle lui a donné ».

Ce voyage, s’il est clandestin, est un véritable parcours du combattant ! L’hostilité des hommes et de la nature constitue un danger permanent. Il n’est plus étonnant alors que cette traversée soit appelée une « aventure ». Les migrants irréguliers ne se considèrent pas comme des migrants mais comme des aventuriers. Ils n’émigrent pas, ils partent à l’aventure. Une aventure, une odyssée dont ils sont les héros !


  • [1] Ouvrage collectif de l’Université Internationale de Rabat et de la KAS (Konrad Adenauer Stiftung) avec des chercheurs de MOVIDA, fondé sur une enquête quantitative conduite auprès de plus de 1400 personnes. Il présente les conditions d’intégration des migrants subsahariens au Maroc et les déterminants de leur migration.
  • [2] Ses destinations africaines sont ainsi passées de 7 en 2004 à 33 aujourd’hui. « La RAM a transporté 1,7 million millions de passagers en 2016 sur les lignes d’Afrique (…) où il y a une croissance à deux chiffres, de l’ordre de 14-15% », s’est félicité la directrice marketing de la RAM, Saïda Najioullah, lors du 60e anniversaire de la compagnie.
  • [3] « Le Maroc confronté à la lutte d’Alger contre la contrebande » Jeune Afrique d’après l’AFP, 26 sept. 2015
  • [4] Bredeloup Sylvie, Pliez Olivier, « Migrations entre les deux rives du Sahara », Autrepart, 2005
  • [5] Bredeloup Sylvie, Pliez Olivier, « Migrations entre les deux rives du Sahara », Autrepart, 2005
  • [6] Nazarena Lanza, « Liens et échanges entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne : éléments pour une perspective historique », in D’une Afrique à l’autre. Migrations subsahariennes au Maroc. Karthala, 2011
  • [7] Nous avons été surpris d’apprendre que les trafiquants et les migrants utilisaient des smartphones pour faire circuler de l’argent électroniquement. La victime reçoit de l’argent via Orange Money puis paie sa rançon.
  • [8] « Les migrants subsahariens au Maroc enjeux d’une migration de résidence », 2016

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