Focus sur le rap engagé du continent africain ! (Partie 1)

par / 1 commentaire / 8 août 2016

Si la musique est un moyen d’expression, le rap est sa forme la plus virulente.

L’Afrique est à la fois un continent jeune, possédant indéniablement la fibre artistique et un continent souffrant de maladies, de la pauvreté et de la corruption politique. Ainsi, s’il y a bien un endroit dans le monde, où la rage a le droit d’exister et de s’exprimer c’est bien l’Afrique ! Qu’en est-il alors de la scène rap contestataire de ce continent ? Pour répondre à cette question, WANA vous propose la première partie d’une longue liste d’artistes hip-hop engagés.

Aujourd’hui : Zara Moussa, Movaizhaleine, Azagaia et El Général !

Zara Moussa, Niger. 

La porte-parole des femmes africaines.

Zara Moussa

Zara Moussa (ZM) est une rappeuse nigérienne dont les paroles féministes tendent à rendre une voix aux femmes africaines qui souvent en sont privées. Engagée, ZM se démarque comme étant l’une des premières femmes d’Afrique de l’Ouest à chanter le hip hop.

Que ce soit en français, en djerma ou en haoussa, sa voix écorchée s’adresse au public pour lui exprimer sa rage contre les injustices, particulièrement celles faites envers les femmes.

Poétique, percutant, franc, le style de ZM s’avère être un hip hop rythmiquement aussi lourd que les thèmes abordés.

La violence quotidienne, le mariage forcé, les conditions de vie misérables, les traditions misogynes ou encore l’excision sont autant de thèmes devant lesquels la rappeuse ne recule jamais. Une rappeuse féministe, courageuse et forcément engagée.

Movaizhaleine, Gabon.

Le rap gabonais depuis presque 25 ans.

Movaizhaleine

En 1992, dans une salle de permanence du lycée national Léon-Mba de Libreville au Gabon, cinq collégiens ont décidé de former, sous le nom de Bad Breath, un groupe de rap. Quelques mois plus tard, de cinq membres, le groupe, finalement rebaptisé Movaizhaleine, finit composé par seulement deux, pour devenir le plus grand groupe de rap de l’histoire du Gabon.

Composé de nos jours de Maât Seigneur Lion et Lord Ekomy Ndong, Movaizhaleine fait dans le rap conscient, le rap qui n’a pas peur.

Dans leurs textes révoltés, les deux amis s’attaquent à l’exploitation de l’Afrique par les « anciens » colons et à leurs complices privilégiés, les dirigeants africains.

« Pays béni des dieux, y a tout, mais tout manque. La politique cache dans ses poches toutes les banques », Engongole, ou comment Movaizhaleine fait le portrait amer d’un Gabon spolié…

Un quart de siècle d’existence et les membres de Movaizhaleine continuent d’être de ces « rares disciples qui participent par l’artistique à rendre la life moins hard ici ».

Azagaia, Mozambique.

Le rappeur le plus influent du Mozambique.

azagaia

En choisissant Azagaia comme nom de scène, Edson da Luz donne le ton de son style. En portugais, son pseudonyme signifie javelin, autrement dit il s’agit d’un instrument court et étroit, semblable à une lance, utilisé pour la chasse ou à la guerre. Ses paroles vont donc être lancées comme des javelins dans le but de dénoncer la situation politique et sociale de son pays.

Sa carrière professionnelle dans le rap a commencé en 2006 pour se terminer en 2014, notamment à cause de problèmes de santé. Depuis la sortie de son premier album en 2007 « Babalaze », le rappeur n’a cessé de créer la polémique dans son pays. Son titre « Combatentes da Fortuna » est l’exemple type de ses morceaux qui s’adresse directement aux politiciens du Mozambique et qui lui ont valu d’être censuré.

Azagaia offre sa propre lecture de l’histoire de son pays, regrette les tournures que ce dernier a prises depuis son indépendance. Des tournures semblables à l’Angola, pays dans lequel l’artiste est très apprécié également.

El Général. Tunisie.

Auteur de l’hymne de la Révolution du jasmin.

El Général

L’hymne du soulèvement tunisien n’est autre que son rap anti-Ben Ali « Rais Lebled », sorti fin 2010. Dans ce titre, il a su mettre des mots sur les maux dont souffraient ses compatriotes. Cette chanson lui avait valu d’être arrêté par le régime dictatorial et d’être classé par le Times parmi les personnes les plus influentes du monde en 2011.

Il y a eu cette chanson, ensuite l’immolation de Mohamed Bouazizi, puis le soulèvement du peuple tunisien. Ben Ali a été renversé et une vague de révolte a inondé le reste du monde arabe. En 2014, trois ans plus tard, le temps était aux conclusions. Quels ont été les changements ? Et bien avec « Raïs Lebled 2 », El Général répond : en Tunisie, pas grand-chose…

« On a viré les Trabelsi mais on a eu de nouveaux Trabelsi. Ils vivent dans des palais et nous (vivons) sous les murs dans le froid (…). Nous vous avons fait confiance, mais vous avez achevé notre révolution ». Des paroles pleines de regrets, mais qui nous confirment qu’El Général est un acteur important dans la révolte tunisienne. Ce qui prouve la force de frappe que peut dégager un simple micro !

Le rap n’est pas seulement une expression artistique, il est aussi une prise de parole. Parfois rieur, dragueur et crâneur, le rap est aussi engagé. Et les rappeurs, qu’ils soient des représentants influents de la société civile, de courageux porte-paroles d’une population abusée, des adversaires de la censure et/ou des porte-étendards d’une cause, sont parfois des acteurs particulièrement influent auprès des jeunes. Lorsque le micro est entre de bonnes mains,  les chansons peuvent être utilisées comme de véritables armes politiques.

Rendez-vous très bientôt pour connaître quatre autres artistes rap particulièrement engagés pour les causes africaines.

One Comment

  1. […] capable de rapper, Caylah a tout à fait sa place parmi nos artistes hip-hop engagés que nous vous avons présenté […]

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