Éloge des cheveux crépus : politique jusqu’au bout des cheveux !

par / 1 commentaire / 27 avril 2018

WANA donne une nouvelle fois la parole à ses lecteurs à travers une tribune engagée. Aujourd’hui, notre contributrice a décidé de parler d’un sujet sensible pour les différentes communautés afro : les cheveux crépus. Une réalité partagée par beaucoup de femmes (et d’hommes) face au regard des sociétés, qu’elles soient occidentales ou africaines.

Par Marcia Igouwe,

Il m’est paru à la fois essentiel et inévitable d’écrire sur les cheveux crépus car je pense qu’ils peuvent être un outil démonstratif, un véhicule d’idées ou de stéréotypes assez flagrants contrairement aux idées reçues.

Pour commencer, un peu de français

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je crois qu’il est important et je dirais même nécessaire, de connaître le sens primaire/initial du mot qui fera l’objet de notre réflexion : Crépu. Le mot « crépu » tire basiquement son étymologie de l’adjectif latin « crispus« , puis de l’ancien français « cresp« , auquel on y ajouta le suffixe « u » utilisé pour marquer le caractère d’un mot, avec une valeur intensive. Tous deux ont une même signification : frisé. Crépu veut donc dire « qui est frisé en touffes serrées » et RIEN d’autre, soyons clairs…

Pour comprendre le malaise, il est primordial de remonter à sa source…

La création du « complexe capillaire » a été engendrée par plusieurs facteurs, en voici quelques-uns… Tout d’abord, nous devons nous questionner quant au rôle assez ambigu que joue les médias. Les médias sont le vecteur d’idées et d’images le plus important de notre ère. Les messages qui y sont retranscris, aussi subtiles soient-ils, sont compris et interprétés par tout public, les adultes comme les enfants. De plus, l’appareil médiatique ne reflète pas forcément la société telle qu’elle est en réalité et ne met pas complètement en évidence ses nuances.

Par ailleurs, les enfants sont pour la plupart, des êtres influençables qui n’ont pas une conscience immanente d’eux-mêmes. Ils ne font que reproduire ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent. C’est dans cette même logique que ceux-ci auront tendance à vouloir ressembler aux personnes ou aux personnages qu’ils voient sur Internet ou à la télévision.

J’aspirais, donc, dès mon plus jeune âge, à avoir des cheveux lisses et soyeux à l’instar de mes héroïnes de dessins animés. Mais également à l’instar des célébrités africaines américaines de l’époque, qui portaient majoritairement des perruques ou des tissages. Sans bien sûr oublier, pour me persuader de la pertinence de mon choix, les réflexions de certaines de mes camarades qui ne faisaient qu’accentuer celui-ci.

Difficile de s’identifier à ces filles quand on a les cheveux crépus !

Mes chères camarades, venons-en.

Tout en précisant que ces petites mésaventures eurent lieu entre la maternelle et la primaire, période durant laquelle j’étais souvent tressée, et quand ce ne fût pas le cas, mes cheveux étaient tout simplement attachés. Ici, nous parlerons bien des fois où mes cheveux naturels étaient visibles… Certaines de mes camarades s’interrogeaient sur la texture jusqu’alors méconnue de mes cheveux et me posaient des questions telles que  » Pourquoi tes cheveux sont bizarres ? » ou encore « Pourquoi ils ne descendent pas ? ». Autrement dit « Pourquoi ne sont-ils pas comme les miens ? », « Pourquoi ne sont-ils pas normaux ? »

Il est justifié de s’arrêter sur cette notion de norme, qui malgré sa complexité, trouve un usage commun (mais dont le sens reste assez obscur/indéterminé).

Alors, qu’est-ce que la norme ?

Le mot norme provient du grec et du latin, il veut dire : règle, équerre (en tant qu’outils de géométrie). Son sens dérivé, le plus usuel, est le suivant : critère ou principe auquel on se réfère pour juger ou agir. Il existe plusieurs types de normes, ici, on s’arrêtera sur les normes sociales. Une norme va vous dire implicitement ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire et s’instaure indépendamment de tout critères de vérité. Celle-ci est l’expression d’une collectivité (elle émane toujours d’un groupe social ou d’une société/ consensus du groupe) et n’est jamais réalisée sous la contrainte. Elle fonctionne toujours par l’intériorisation des valeurs. Une norme est donc une règle implicite (non dite) qui nous fait penser, agir sans pour autant qu’elle ait un quelconque critère de vérité, comme une sorte de tyrannie de la majorité.

Pour en revenir au sujet, la norme des « cheveux », puisque nous sommes en Europe serait donc les cheveux de type caucasien. Cette base étant établie, exclut alors tout autre genre de cheveux aux antipodes des cheveux caucasiens : bien entendu, je fais référence aux cheveux crépus !

Different shades of nappy hair for black men

Il serait beaucoup plus facile et simplet de s’arrêter là, mais il n’est pas honnête d’arrêter notre raisonnement à ce stade de l’étude. L’Europe, depuis le 20ème siècle, a connu plusieurs flux migratoires importants provenant d’autres continents, notamment du continent africain : pour causes, les grands phénomènes et autres bouleversements mondiaux tels que la Seconde Guerre mondiale, la colonisation ou la fuite des cerveaux.

Aujourd’hui, la population issue de l’immigration étrangère (hors-continent européen) représente près de 30% de la population française.

Ces normes n’ont donc plus lieu d’être

Par ailleurs, vous remarquerez, malheureusement, que certains parents omettent d’éduquer leurs enfants à la différence (j’entends ici différence physique) et à l’ouverture d’esprit. Les enfants croient donc que ce qu’il y a autour d’eux, est la Norme, et ce qui ne ressemble pas à la norme, se doit d’être interrogé, dans le meilleur des cas, et moqué, banni dans le pire.

C’est pourquoi j’invite chaque parent à apprendre à son enfant à embrasser la différence, à accepter que l’autre ne soit pas comme lui. D’autre part, il est tout aussi important d’apprendre à l’enfant à s’aimer tel qu’il est naturellement. Les parents devraient aussi transmettre un sentiment de fierté aux enfants : fierté de ses origines et de ses racines. Pour ce faire, l’Histoire ne doit pas leur être occultée, bien au contraire, l’Histoire doit leur être enseignée, puisque c’est à travers elle, qu’ils se forgeront leur propre identité.

L’avenir passe par elles !

Une chose est sûre : les mentalités sont en train d’évoluer

Depuis maintenant quelques années, nous assistons à un réveil et à une réelle prise de conscience dont l’ampleur croît sans cesse.

Il s’agit là d’un phénomène de réaffirmation de la femme afro en tant qu’acteur à part entière, de la société (aussi bien occidentale qu’africaine). De plus en plus de mouvements tels que l’afro-féminisme ou encore le nappy-style voient le jour et viennent renforcer cette idée de revendication du cheveu crépu. Certains courants vont même jusqu’à stigmatiser le défrisage ou le port de tissages et de perruques lisses, synonymes selon eux, de complexes d’infériorité mais cela s’avère plus complexe en réalité.

Le fait même de désirer des cheveux lisses parce qu’on les trouve plus beaux que ses cheveux est un signe de complexe. En effet, les tissages et les perruques lisses ou ondulés (dans ce cas bien précis) ont été créés pour répondre à un besoin : la femme veut avoir les cheveux qu’elle n’a pas au naturel, de ce fait, veut ressembler à quelqu’un qu’elle n’est pas, parce que les cheveux lisses et soyeux représentent une certaine norme. Ce qui signifie qu’elle n’est pas fière de ses cheveux… Et j’irais même plus loin, de qui elle est !

Attention, je tiens, toutefois à souligner une exception pour ces femmes qui sont fières de leurs cheveux naturels et qui portent des perruques et des tissages lisses pour des raisons purement pratiques. En outre, la sortie de l’énorme succès des studios Marvel Black Panther vient encore raviver le sentiment de fierté de la culture et des racines africaines chez la communauté noire.

 Elles ont beau ne pas avoir de cheveux, ces femmes représentent la fierté capillaire des femmes afro » 😉

Parmi les protagonistes, quatre femmes sublimes représentant la beauté et la force de la femme africaine sous tous ses aspects : la reine et sa coiffe traditionnelle, la princesse et ses tresses, la guerrière au crâne rasé et l’aventurière avec ses cheveux crépus. Ainsi, un processus historique est relancé : celui de la réaffirmation de la beauté afro-féminine avec ses cheveux naturels.

Dans un contexte politique et social en constant changement, il est indispensable de se rappeler notre culture, d’assumer notre identité et de les porter fièrement sans peur de ne pas plaire ou d’être rejetée. Le cheveu crépu est une richesse, enorgueillissez-vous !

Vive les Nappy-Hair !!!

Le combat continue ! <3

I.M

One Comment

  1. Je suis tout à fait d’avis avec vous
    J’assumais pas mes cheveux avant
    Mais j’ai pris conscience de l’importance d’accepter et de montrer ma différence et mon identité à travers mes cheveux crépus.
    J’ai appris à en prendre soin, et aujourd’hui j’en suis fier.

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