Quatre films et quatre critiques du racisme aux Etats-Unis !

par / Aucun commentaire / 5 février 2019

Ces deux dernières semaines ont été proposés dans les salles obscures quatre films traitant à leur manière d’une thématique commune : le racisme aux Etats-Unis. Qu’ils s’agissent d’une histoire vraie, d’amour ou d’amitié, dramatique ou drôle, ces quatre long-métrages sont tous réussis. Retour sur Green Book, The Hate U Give, Si Beale Street pouvait parler et Sorry to Bother You.

Green Book de Peter Farrelly

  • Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini…
  • Produit par Amblin Partners, Participant Media, Conundrum Entertainment et Cinetic Media
  • Distribué par Universal Pictures, Metropolitan Filmexport

En duo avec son frère cadet Bobby, Peter Farrelly a donné ses lettres de noblesse à la comédie américaine des années 1990. Après vingt ans au service de l’humour régressif mais génial, Peter se lance en solo pour mettre en avant l’histoire vraie d’une amitié entre un pianiste de jazz noir et son chauffeur italo-américain dans le Sud ségrégationniste des Etats-Unis. Déjà lauréat de trois Golden Globes, ce road movie est nommé pour cinq oscars, notamment celui du meilleur film !

Synopsis En 1962, Tony Lip, agent de sécurité italo-américain, est engagé pour conduire et protéger le Dr. Don Shirley, célèbre pianiste de jazz d’origine jamaïcaine, lors de sa tournée dans le très conservateur Sud des États-Unis, là où les ségrégationnistes lois Jim Crow sont appliquées. Ils devront utiliser The Negro Motorist Green Book, ou livre de Green, du nom de l’auteur de ce guide indiquant les lieux acceptant les gens de couleur…

Au cours de leur périple, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, auquel ils font face grâce à leur générosité et leur humour. A deux, ils apprennent à dépasser leurs préjugés pour découvrir leurs points communs. A la fois road-movie, historique, dramatique et social, ce film est à l’image de ses acteurs principaux, éblouissant de justesse. Viggo Mortensen dans son rôle d’italien mal dégrossi et Mahershala Ali en aristocrate décalé, dérouté par les outrances de son chauffeur et effaré par la ségrégation sont formidables et mériteraient amplement d’être récompensés par les Oscars du meilleur acteur et du meilleur acteur dans second rôle auxquels ils sont respectivement nommés.

The Hate U Give de George Tillman Jr.

  • Avec Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby…
  • Produit par Fox 2000 Pictures, State Street Pictures et Temple Hill Entertainment
  • Distribué par 20th Century Fox

Il s’agit de l’adaptation du livre The Hate U Give d’Angie Thomas publié en 2017. C’est après la mort du jeune Oscar Grant à Fruitvale Station en 2009 que la jeune femme, alors étudiante, écrit une courte nouvelle sur les violences policières à l’encontre de la population afro-américaine. Plein de bonnes intentions, faisant le pari de s’adresser à un public adolescent et traitant d’une thématique aussi gravissime que revue, le film parvient à ne jamais être caricaturale et à créer une véritable intensité.

Synopsis Starr Carter, 16 ans, vit entre deux mondes très différents : elle vient d’une zone résidentielle pauvre principalement habitée par des Noirs, mais fréquente une école privée pour élèves privilégiés, majoritairement blancs. Quand un jour elle voit son meilleur ami Khalil se faire tirer dessus par un policier, l’équilibre délicat entre ces deux mondes est perturbé. Bien que la pression s’exerce sur eux de toutes parts, Starr décide de ne se laisser aucune pression et de se battre pour la justice…

Même si durant une première partie, le film semble être destiné à un public adolescent, il trompe complètement son monde en opérant un virage radical, impressionnant, même en étant attendu ! Du teen-movie léger, plein de bons sentiments et presque insouciant, le film devient un véritable plaidoyer antiraciste et pour le rétablissement d’une vraie justice. Pour caractériser cette dramaturgie, ce tiraillement entre son milieu d’origine et celui de son quotidien ainsi que le passage à l’âge adulte d’une jeune femme, il fallait que l’actrice principale soit irréprochable. Amandla Sternberg incarne Starr comme une véritable star !

Si Beale Street pouvait parler de Barry Jenkins

  • Avec KiKi Layne, Stephan James, Regina King…
  • Produit par Plan B Entertainment et Pastel Productions
  • Distribué par Mars Films et Annapurna Pictures

Tiré d’un roman de James Baldwin, le film de Barry Jenkins, oscar 2017 du meilleur film pour Moonlight, confronte un couple aux injustices et au racisme. Face à une société raciste jusqu’à dans ses rouages judiciaires, le film oppose une pureté à la fois dans l’image et la narration. Une photographie douce, si longtemps refusée aux héros noirs forcés par le réalisme dénonciateur, qui respecte le principe du livre original : l’amour est plus fort que la haine !

Synopsis Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…

La réalisation réussie le pari d’être aussi belle que les mots magnifiques de James Baldwin. La couleur, la musique, les acteurs, tout est beau. Une beauté presque divine qui vient apporter de la douceur à un récit dramatique. Si l’esthétique est là, le choix de traiter à la fois de l’histoire d’un amour pur, de la ségrégation, de l’injustice s’avère confus. Presque envoûtant, l’ambiance atmosphérique du film peut gêner. Autrement, le film peut vous transporter vers un monde où la sensualité résiste à oppression. Nommée à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, Regina King a remporté le Golden Globe de la même catégorie. Une récompense qui vient mettre en avant une distribution de grande qualité !

Sorry to bother you de Boots Riley

  • Avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler…
  • Produit par Significant Productions, MNM Creative, MACRO, Cinereach, The Space Program
  • Distribué par Annapurna Pictures

Derrière la caméra, un novice de 47 ans, Boots Riley. Connu avant tout comme étant rappeur engagé fier de se déclarer communiste, le natif de Chicago s’essaie au cinéma pour dénoncer le libéralisme sauvage.  Avec un premier film à la narration ambitieuse, il propose une critique du capitalisme pleine d’humour et de fantaisie. Il décrit un mode du télémarketing, dans lequel il suffit au héros noir de prendre une voix de blanc au téléphone pour enchainer les ventes.

Synopsis Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green bascule dans un univers macabre en découvrant une méthode magique pour gagner beaucoup d’argent. Tandis que sa carrière décolle, ses amis et collègues se mobilisent contre l’exploitation dont ils s’estiment victimes au sein de l’entreprise. Mais Cassius se laisse fasciner par son patron cocaïnomane qui lui propose un salaire au-delà de ses espérances les plus folles…

Si l’on ne vous précise pas qu’il s’agit d’un premier film, vous ne l’auriez jamais deviné tant la réalisation est audacieuse, rythmée et originale. Mené par un Lakeith Stanfield drôle et décontracté, le film se présente comme une comédie avec une photographie et une musique réussies. Cependant, c’est sa folie qui séduit, de la même manière que sa façon de nous entraîner vers le fantastique pour dénoncer, avec beaucoup d’originalité, les travers du capitalisme et la bêtise du racisme. Ludique et caustique, son côté délirant peut toutefois vous laisser de marbre.

Pourquoi ces films sont-ils WANA ?

Nous constatons depuis quelques temps que le cinéma afro-américain est entré dans une nouvelle ère : celle du militantisme de la période Trump. Avec BlaKKKlansman de Spike Lee comme porte étendard, ces films viennent remettre au gout du jour le racisme institutionnel qui ronge toujours les Etats-Unis. Dans un pays où le nombre de prisonniers noirs est quasiment plus important qu’il n’y avait autrefois d’esclaves, où les Noirs sont presque autant tués par les balles de la police qu’ils n’étaient autrefois lynchés en public, ces long-métrages sont nécessaires. Le plus fort avec ces films est leur puissance d’identification. A notre époque, Hollywood est un ogre culturel qui est accessible au monde entier ou presque. Les jeunes noirs occidentaux, notamment européens, peuvent facilement s’identifier aux héros de ces histoires inspirées largement par de faits réels. Tandis que les autres doivent ouvrir les yeux sur une réalité dramatique qui malheureusement, même sous différentes formes, s’opère partout dans le monde.

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