Les chansons qui ont marqué les cultures africaines (Partie 1)

par / Aucun commentaire / 29 novembre 2015

La WANATeam se mobilise autour d’un WANATop exceptionnel consacré aux chansons de légende qui ont marqué l’Histoire des musiques venues d’Afrique ou de sa diaspora. Des choix tellement cornéliens au sein de notre équipe que chaque membre a décidé de sélectionner 5 chansons qui, à leur avis, font partie du patrimoine universel musical pour le continent en plus de s’inscrire dans la mentalité WANA. On commence cette saga dans les archives avec le choix de Rudolph et Redha pour 10 chansons aux histoires exceptionnelles dans ce “top chansons africaines”.

 

Le top de Rudolph LAWSON (rédacteur WANAMusic)

5. Oliver N’Goma – Bané, 1991

Sans aucun doute la plus grande figure de l’afro-zouk. L’interprète gabonais a atteint son apogée grâce à ce classique. Oliver N’Goma y allie dans ce dernier amour et poésie avec merveille, auquel nous pouvons ajouter un instrumental extrêmement travaillé. Tous ces éléments ont fait de lui un artiste en avance sur son époque dans le continent. Ce chanteur a en effet placé le Gabon dans le top des musiques africaines. C’est ce qui prouve sa force car depuis des années, et aussi depuis sa mort en 2010, ce pays n’a toujours pas trouvé un successeur digne de son nom et capable de porter haut l’étendard gabonais. Il y a, certes, des artistes à l’image d’Arielle T qui parviennent à s’affirmer sur la scène africaine mais cela reste insuffisant. Alors en attendant, on se réécoute avec plaisir ce tube du début des années 90.

 

  1. Fuse ODG – Azonto (ft. Tiffany), 2011

A « défaut » d’être la chanson la plus récente de la sélection, Azonto de Fuse ODG en collaboration avec la rappeuse Tiffany ne demeure pas moins marquant que les autres singles. C’est en effet la chanson de référence du mouvement ghanéen du même nom. C’est en partie grâce à ce morceau que le Azonto s’est fait connaître en Europe et qui a ensuite connu une ascension fulgurante jusqu’à nos jours, succédant ainsi au Coupé-Décalé comme étant la danse la plus populaire du continent dans le monde. Ce son est WANA car il a été écrit par une de nos sources d’inspiration, Fuse ODG, né en Angleterre de parents ghanéens, fier de ses origines et fondateur du mouvement T.I.N.A (This Is New Africa) qui consiste à redonner une image positive du continent en rassemblant les différentes communautés et ce à travers ses chansons notamment.

  1. Douk Saga – Sagacité, 2003

Dans ce morceau, Stéphane Hamidou Doukouré alias Douk Saga s’autoproclame haut et fort le créateur du coupé-décalé. Ce mouvement venu tout droit de la Côte d’Ivoire a littéralement conquis le monde entier alors que le pays était au bord de la guerre civile. Cette création a donc apporté de la joie dans un moment très difficile et Douk Saga a contribué à apporter la paix dans son pays. Son décès (à seulement 32 ans) n’a pas stoppé cet élan. Douk Saga a donc laissé derrière lui un héritage cher au continent qui demeure influent sur la scène africaine grâce à DJ Arafat, Debordo Leekunfa ou encore Bebi Philip, qui se sont inspirés du « Président ». Travail, persévérance et réussite étaient parmi les maîtres mots de ce dernier. Ce sont sans doute ces valeurs-là qui lui ont permis d’être au sommet, valeurs que nous partageons bien évidemment car « seul le travail paye ».

 

  1. Koffi Olomidé – Loi, 1997

En quasiment 30 ans de carrière, de multiples récompenses et près de 300 chansons dans son répertoire musical, si l’on devait retenir un seul single du « grand Mopao » ce serait celui-ci. C’est en effet en 1997 que Koffi Olomidé signe son plus grand succès. Loi s’imposera comme la marque du Ndombolo, concept congolais qui a fait danser, qui fait encore danser et continuera à faire danser toute l’Afrique ; que ce soit dans les baptêmes, les communions, les mariages et même les deuils ! Dans ce titre, Koffi nous démontre toute l’étendue de son talent grâce à un rythme endiablé emmené par des solos guitares et des percussions de qualité exceptionnelles. La WANATeam salue, au-delà de son morceau phare, la longévité du « Vieux Ebola » qui a toujours réussi à traverser les époques (et les épreuves) avec succès, que ce soit en Afrique ou en Occident, tout en transmettant son savoir à des jeunes artistes de talents qui suivent désormais ses traces (Fally Ipupa, Ferré Gola pour ne citer qu’eux).

 

  1. Manu Dibango – Soul Makossa, 1972

Soul Makossa ou l’art d’inspirer le plus grand artiste de tous les temps en la personne de Michael Jackson dans Wanna Be Starting Something (1983). Manu Dibango a également inspiré plus récemment Rihanna dans Please don’t stop the music (2009). Le génial saxophoniste camerounais a d’abord composé ce titre pour en faire l’hymne des Lions Indomptables lors de la Coupe d’Afrique des Nations 1972 qui se déroulait justement au Cameroun. Mais après une défaite contre le Congo, les supporters cassent le vinyle en signe de protestation. Malgré cela, Dibango ne baisse pas pied et enregistre un album à Paris où figure le fameux titre. Ce fut un immense succès car Soul Makossa fut classé à la 35ème place du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis. Cette réussite tient du fabuleux mariage entre le mouvement camerounais qui est le makossa et la soul afro-américaine qui nous rappelle l’esprit WANA, le tout concocté par celui qui est le père-créateur de la « world music ».

Le top de Ridha ZINI (Rédacteur WANA)

5- USA for Africa – «We Are The World », 1985.

« We Are The World » est une chanson caritative, dont le but est de récolter de l’argent pour financer une cause humanitaire, la lutte contre la famine en Ethiopie.  Ecrite à quatre mains par Mickael Jackson et Lionel Richie et produite par autant de mains, celles de Quincy Jones et Michael Omartian. Elle est un des plus grands succès des années 1980.

Interprétée par USA for Africa, un groupe réunissant les plus grands artistes américains des années 1980 tels que Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Ray Charles ou encore Bob Dylan et qui chante pour la bonne cause. La chanson est un véritable hit, qui au-delà du message colporté, est une réussite musicale qui s’écouterait même dans un monde sans famine. Hélas, 1 personne sur 9 souffre de la faim dans le monde encore aujourd’hui, et en Afrique 1 personne sur 4 est sous-alimentée.

« We Are The World » à toujours la même portée qu’à sa sortie. En 2010, après le séisme haïtien, une nouvelle génération de chanteurs reprit cette chanson pour appeler à la solidarité. Cette chanson est WANA car elle est la chanson de la solidarité, elle fait appel à l’entraide, à l’humanité de chacun d’entre nous. Elle nous rappelle qu’il ne faut pas oublier ceux qui souffrent.

 

4- Césaria Evora – « Petit Pays », 1995.

Elle est la grande voix de la chanson capverdienne, « la diva au pied nus », et le symbole de la musique du monde. Celle qui nous a quittés en 2011, la petite princesse pauvre de Mindelo aura vécu sa vie pleinement. « Petit pays » est le titre phare de sa carrière.

Véritable fierté nationale, madame Evora a toujours eu un amour profond pour son pays natal. Même si elle disait souvent : « pour réussir, il faut partir », c’est à dire partir du Cap-Vert, où les perspectives de réussite sont rares pour un artiste, ses chansons ont participé à donner une identité aux îles confettis lusophones de l’Atlantique.

« Petit pays » résume cette amour infini que Césaria Evora ressent pour son pays natal, elle qui depuis l’Europe mène une grande carrière. Ce titre doux résume aussi la personnalité de la chanteuse, dont l’hospitalité est aussi reconnu que son talent.

« Petit pays » c’est la nostalgie, cette chanson fait ressortir ce sentiment que les immigrés et les expatriés ressentent quand ils pensent à leur terre d’origine. Cette chanson est WANA car si la diaspora africaine devait choisir un hymne, ce serait sans doute ce titre.

3- Dahmane El-harrachi – « Ya Rayah », 1973.

Cette chanson a fait de Dahmane el-Harrachi, l’un des plus grands chanteurs algériens de tous les temps, la reprise de Rachid Taha en 1997, a permis de faire connaître le style cha’bi algérien au monde entier. Le cha’bi est le style musical dérivé du style arabo-andalou, il se veut être la musique du peuple, cha’bi signifie populaire. La version de Rachid Taha est plus pop, plus raï que l’originale.

Dahmane el-Harrachi chantait déjà en Algérie, mais c’est lorsqu’il s’installe en France dans les années 1950 qu’il commence à enregistrer ses chansons. Depuis l’étranger, dans la peau d’un immigré, il fait de la souffrance de l’exil, de la nostalgie du pays et de sa passion pour sa ville natale, Alger, ses thèmes de prédilections.

« Ya rayah » (oh ! l’immigré), résume ces thèmes, cette chanson  est une ballade du voyageur, où l’exil, le désir de revenir et la nostalgie sont présents. Cette chanson est universelle, car elles parlent d’un sentiment que beaucoup de gens connaissent, notamment la diaspora africaine.

L’esprit WANA se fond dans cette chanson, car WANA est avant tout un état d’esprit d’immigré, c’est cet éloignement, ce manque qui sont à l’origine de notre amour pour l’Afrique. « Oh ! Immigré ! Où pars-tu ? Tu sais que beaucoup de gens naïfs ont voulu quitter leur pays pour rejoindre les pays idylliques et l’ont regretté ».

2- Youssou N’Dour – « 7 Seconds » feat. Neneh Cherry, 1994.

En 1994, Neneh Cherry réalise son rêve, celui de faire chanter celui qu’elle admire et considère comme l’ambassadeur de la musique et de l’esprit de l’Afrique contemporaine, Youssou N’Dour. « 7 Seconds » naît pour dénoncer le manque d’action de la part des gens conscients des problèmes qui existent dans le monde.

Chanson multilingue, le titre est en wolof, en français et en anglais, de manière à ce que le message portée par cette musique puisse toucher le plus de gens possible. La mélodie est douce et envoûtante, presque à l’opposé de la force de frappe du message portée par le duo contre le racisme et la haine qui détruisent l’innocence de l’enfance qui n’a le temps de durer que sept secondes.

WANA se reconnait dans cette chanson dans son ambition à toucher le plus de monde, sa pluralité, son ouverture d’esprit mais surtout sur le combat à mener contre le racisme.

1- Savuka – « Asimbonanga », 1987.

« Nous l’avons pas vu », telle est la signification de la chanson du groupe sud-africain Savuka. Composée et écrite par Johnny Clegg, cette chanson est engagée politiquement contre l’apartheid. Au-delà d’être un hommage à Nelson Mandela, alors figure de la lutte anti-apartheid emprisonnée, elle résume surtout la volonté d’un groupe de voir leur pays vivre dans la fraternité, sans tenir compte de la couleur des gens.

Tout d’abord le groupe est fraîchement fondé par Johnny Clegg, et il est volontairement multicolore, chose rarissime à l’époque dans ce pays. Ensuite, le texte est écrit et interprété en zulu et en anglais, en plus d’être une provocation, entendre des « Blancs » chanter zulu est fort en symbole. D’ailleurs Johnny Clegg est surnommé le « zulu blanc ». Enfin, le titre rend également hommage à Steve Biko, Victoria Mxenge et Neil Aggett tous les trois morts pour avoir lutter contre l’apartheid.

Pour sa musicalité, son message, sa symbolique, sa portée et son succès, « Asimbonanga » est à mon sens la chanson la plus WANA !

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