« Capitaine Thomas Sankara », un homme intègre du Burkina Faso.

par / 2 commentaires / 19 décembre 2015

Capitaine Thomas Sankara : un homme, un chef d’Etat, une idole.

Un documentaire, « Capitaine Thomas Sankara », en salle depuis le 25 novembre 2015 dans les cinémas français, nous rappelle l’existence d’un des plus illustres enfants de mère Afrique. Un homme que les plus jeunes ne connaissent pas, un homme qui a fait plus pour la jeunesse africaine que la plupart des légendes que l’on cite habituellement, un homme révolutionnaire, anticapitaliste, anticolonialiste, féministe mais surtout amoureux de son pays, le Burkina Faso.

capitaine thomas sankara affiche film

D’ailleurs, c’est au capitaine que le pays doit son nom : Burkina Faso est la combinaison de burkina, « homme intègre » en moré, et de faso, « patrie » en dioula. La patrie des hommes intègres, et non plus Haute-Volta, comme le nom donné au pays par les colons français. Par ce nom, Thomas Sankara avait la volonté de réunir le peuple burkinabé dans sa diversité, d’entériner le souvenir colonial et de mettre fin au système de corruption qui rongeait le Burkina Faso.

Une compilation d’archives qui montre l’histoire d’un destin plus que d’un homme.

Réalisé par le Suisse Christophe Cupelin, le film raconte une histoire en compilant des archives exceptionnelles concernant Thomas Sankara. Ce qui nous ravive le souvenir d’un homme franc, sincère, mélomane, touchant, déterminé mais aussi drôle. L’humour dont faisait preuve le capitaine pour faire passer des messages intenses est la preuve de son talent d’orateur. Que ce soit pour dénoncer la Françafrique devant François Mitterrand ou pour rappeler aux hommes que les femmes sont leurs égales, son second degré gène ceux en tort et convainc les plus sceptiques, un régal.

La première scène du film, nous fait entrer dans le vif du sujet, arme à la main, devant une tribune, Thomas Sankara tire, et il ajoute avec humour (toujours) « ce n’est pas un jouet, nous sommes prêts pour l’impérialisme !». Cette scène a le mérite de vous montrer à qui vous avez à faire.Thomas Sankara prend la tête de son pays à 34 ans, en 1983. Avec une milice militaire, ils prennent le pouvoir. Celui qui se destinait à être médecin, se retrouve presque malgré lui, à la tête d’un mouvement de libération populaire, une mission qu’il avoue devoir plus que vouloir. Mais il n’en est pas moins concerné par la misère des siens, la Haute-Volta en 1984 est dans les 10 pays les plus pauvres du monde. Thomas Sankara ambitionne de changer la donne.

Un film d’une histoire et d’une politique perdues.

Ecologiste, il plante des arbres, féministe, il interdit symboliquement aux femmes l’accès au marché pour que les hommes aillent acheter eux-mêmes ce qu’ils veulent manger, la part de la population alphabétisée passe de 6% à 22%, les vagues de vaccination se multiplient, Thomas Sankara donne de lui systématiquement. Le film nous montre le procès des fonctionnaires corrompus dans les tribunaux populaires, des femmes sur des motos ou chantant le tube de Cookie Dingler, « Femme libérée ». Fort de symboles, Thomas Sankara veut faire entrer son pays dans la modernité, conscient de la difficulté de la tâche qui lui incombe, il relève le défi !

Mais Thomas Sankara est aussi un homme avec une politique étrangère courageuse. . « C’est un homme un peu dérangeant, le président Sankara. Avec lui, il n’est pas facile de dormir en paix », c’est par ces mots que le président français François Mitterrand décrivait son homologue burkinabé après que celui-ci lui ait reproché sa politique ambiguë devant un parterre de journalistes.

Thomas Sankara – Discours au sommet d’Addis Abeba le 29 juillet 1987 :

Les dirigeants africains étaient pour beaucoup les cibles de la colère du capitaine, ceux qui exploitaient leur peuple, les dictateurs sanguinaires et ceux à l’ordre des anciens colons. Le point culminant du film et de la politique de Thomas Sankara reste son discours à la tribune de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1987. Discours dans lequel il appelle les autres Etats du continent à ne pas payer la dette extérieure. « La dette ne peut pas être remboursée parce que, si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir !».

Un discours historique, plein d’humour, mais certainement la prise de parole qui a signé l’arrêt de mort du Capitaine Thomas Sankara…

L’histoire d’un assassinat.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est déchiqueté par des balles lors d’un putsch qui porte au pouvoir son frère d’armes, son ami, son confident, Blaise Compaoré. Ironie de l’histoire quelques jours avant sa mort, Thomas Sankara et Blaise Compaoré dansaient ensemble dans un bal populaire. Ironie de l’histoire, Thomas Sankara avait confié à un journaliste : « Le jour où vous entendrez que Blaise prépare un coup d’Etat contre moi, ça voudra dire que ce sera trop tard et que ce sera imparable. Il connaît tellement de choses sur moi… Personne ne peut me protéger contre lui », dans cet enregistrement historique il ajoute : « J’ai confiance en Blaise ». Ce passage est d’une puissance dramatique incroyable.

Et comment ne pas perdre la tête lorsque, interrogé après le coup d’Etat, Blaise Compaoré répond « C’est dommage » à la question qui lui demandait s’il avait des regrets.

Capitaine Thomas Sankara s’achève sur des images de la tombe d’un martyr burkinabé, d’un martyr africain, d’un martyr WANA.

Ce film est un documentaire compilant des archives certes, mais il reste un film avant tout ! Un film à voir absolument !

2 Comment

  1. […] projettera un documentaire sur l’ancien leader panafricaniste du Burkina Faso le capitaine Thomas Sankara, ainsi qu’un autre sur les manifestations d’octobre 2014 qui ont mis un terme à 27 ans de […]

  2. […] appelée le Burkina Faso et ce depuis un certain 4 août 1984 ! Un an après sa révolution, le capitaine Thomas Sankara renommait son pays en Burkina-Faso, autrement dit en langue mooré et dioula, le « Pays […]

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