L’Allemagne face au génocide des Héréros et Namas namibiens

par / Aucun commentaire / 15 juillet 2016

Cette semaine, il s’est écrit une page importante de l’Histoire entre la Namibie et l’Allemagne : l’Etat allemand a déclaré se préparer à “présenter des excuses officielles” à la Namibie pour le génocide des Héréros et des Namas entre 1904 et 1905. Un pas significatif pour la paix entre ces deux pays mais aussi pour les liens entre les deux continents. Une démarche que WANA souhaite saluer également à travers cet article.

Héréros/Nanas : les premiers peuples victimes de génocide au XXe siècle

Au moment de réfléchir sur la rédaction de cet article, le sentiment qui a parcouru notre équipe a été d’abord l’incrédulité face à ce fait méconnu du XXe siècle. Car en effet, le massacre par les Allemands des Héréros et des Namas dans le Sud-Ouest africain de l’époque (actuelle Namibie) n’a pas été relaté dans nos manuels d’Histoire lorsque l’on évoque les génocides occidentaux de l’ère contemporaine. Loin de nous l’idée d’entrer dans une compétition victimaire avec d’autres génocides plus “connus”, nous allons essayer d’expliquer de façon concise et avec notre regard cette période sombre de l’Histoire du continent africain.

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L’Allemagne a été présente en tant que colonie du territoire Südwest-Afrika qu’elle gouvernera jusqu’en 1915. Après une suite de déplacements et de travaux forcés durant la décénnie 1890-1900, le 12 janvier 1904, éclate la révolte des Héréros. Un groupe de guerriers conduit par le chef Samuel Maharero attaque les colons du poste d’Okahandja. En trois jours de sang et de fureur, près de deux cents civils allemands sont massacrés. Les forces allemandes réagissent avec une répression sévère et atteignent le point de non retour vis à vis des Héréros sous l’impulsion du général  Lothar von Trotha qui rédigea ceci, sorte d’arrêt de mort le 2 octobre 1904 :

“Le général des troupes allemandes [en Namibie] envoie cette lettre au peuple Héréro. Les Héréros ne sont dorénavant plus sujets allemands […] Tous les Héréros doivent partir ou mourir. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Héréro aperçu à l’intérieur des frontières [namibiennes] avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés […] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés. Telle est ma décision prise pour le peuple Héréro”. 

De 1904 à 1907, la population héréro passe de 100.000 à 15.000 personnes et la moitié des Namas est exterminée. Les survivants sont bouté hors des frontières namibiennes ou sont faits prisonniers.

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Les étapes clés vers la reconnaissance du génocide

Il aura fallu près d’un siècle pour que l’on évoque officiellement une responsabilité et surtout des excuses côté allemand. Le 15 août 2004, la ministre allemande de l’Aide au développement Heidemarie Wieczorek-Zeul a déclaré « Nous, Allemands, acceptons notre responsabilité morale et historique  (…) Les atrocités perpétrées alors auraient dû être qualifiées de génocide (…) Tout ce que j’ai dit constitue des excuses du gouvernement allemand. »

Depuis 2011, l’Allemagne a restitué à la Namibie plusieurs dizaines de crânes de guerriers Héréro qui avaient été ramenés à Berlin pour des expériences censées prouver la supériorité des Blancs sur les Noirs.

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Le 10 juillet 2015, pour la première fois, l’Allemagne a officiellement qualifié de “génocide” le massacre des peuples héréro et namas par le biais du président du Bundestag (chambre des députés allemande) Norbert Lammert, avant d’être repris ce mercredi 13 juillet par le gouvernement.

Le regard de WANA

Après avoir reconnu officiellement le génocide arménien par la Turquie il y a quelques semaines, l’Allemagne semble continuer dans sa démarche de devoir de mémoire par rapport à son Histoire qui, on le sait, a connu des heures sombres notamment lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Avec cette reconnaissance du premier génocide du XXe siècle, l’Allemagne fait un pas considérable vers la paix, une paix qui entre dans l’esprit WANA, dans les liens entre Occident et Afrique. C’est une étape nécessaire pour bâtir une nouvelle culture métissée, belle, fière de ses racines et de là où elle vit, qui assume son héritage, qu’il soit heureux ou douloureux. C’est en ayant connaissance de son passé que l’on pourra aller de l’avant et envisager l’avenir.

Evidemment, il faudra prendre en compte la question de la réparation, sujet toujours sensible dans ces dossiers épineux, mais au moins les faits ont été reconnus aux yeux du monde et nous suivrons avec attention les suites de ces relations entre Allemands et Namibiens. En espérant que cela inspirera d’autres pays occidentaux à faire le grand pardon auprès de tous ces peuples qui ont subi la violence liée à la colonisation.

allemagne namibie

 

 

 

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