« Adam », dans l’intimité de la femme marocaine.

par / Aucun commentaire / 11 février 2020

Adam, première réalisation de Maryam Touzani, est de ces longs métrages dont on ne sort pas indemne. Ceux qui savent mettre des mots/des images/des sentiments sur des fléaux. En l’occurrence, ce film dévoile le poids aussi lourd qu’invisible qui pèse sur les femmes, ici Marocaines.

Adam, de Maryam Touzani !

  • Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda…
  • Produit par Ali n’ Productions, Les Films du Nouveau Monde et Artemis Film
  • Distribué par Ad Vitam

Le Maghreb a offert de très beaux films à Cannes cette année. Après Papicha, voici Adam, également présenté dans la sélection Un Certain Regard. Maryam Touzani signe là son premier long-métrage. Son documentaire sur la prostitution au Maroc était à l’origine du puissant Much Loved, et elle a signé le scénario du réussi Razzia, dans lequel elle a également joué. Deux films réalisés par Nabil Ayouch. La voilà totalement maîtresse de sa première réalisation autour d’un thème qui lui est cher : la femme et la société marocaine.

Synopsis : « Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.»

Adam, destins de femmes.

Comme le titre ne l’indique pas, Adam, est un film porté par des femmes. Trois plus précisément. Samia, tout d’abord, enceinte et loin des siens, elle cherche un refuge dans la précaire médina de Casablanca. En échange de son hébergement, elle propose ses services : le ménage, le repassage, la cuisine. Mais les portes se referment les unes après les autres. Alba ensuite, dont la porte se ferme également au nez de Samia. Cette dernière finit par passer la nuit sur un trottoir en face de la boutique de msemen d’Alba qui, peinée et inquiète par le bruit de la rue, décide de la faire entrer. Warda enfin, fille unique d’Alba, qui du haut de ses huit ans à peine et de son insouciance va réussir à dédramatiser toutes les situations.

Ensemble, ses femmes vont apprendre à se découvrir, s’entraider et enfin s’aimer. Samia est déterminée à l’idée de donner son bébé à un foyer d’adoption. Elle craint, qu’en raison de ses erreurs, son enfant sans père souffre au cours de sa vie. Face à la situation de Samia, Alba réapprend à vivre après la mort de son mari. Une complicité se crée, d’abord autour de la cuisine de gâteaux traditionnels, de Warda ensuite mais aussi de la maternité. Les trois femmes vont alors s’apporter la joie et la légèreté dont elles ont tellement besoin pour continuer de vivre libre.

« – Même sur la mort les femmes n’ont aucun droit. – Les femmes ont des droits sur si peu de choses. »

Trois femmes cohabitent seules. Personne autour et encore moins d’hommes, ou si peu. Ces lâches qui meurent trop tôt quand vous les aimez ou qui vous abandonnent si vous tombez enceinte hors mariage. Huis clos ou presque. Ôde à la solidarité féminine, si difficile à obtenir d’abord, impossible à rompre ensuite. Une histoire portée par deux grandes actrices. Une confirmation de la part de la géante Lubna Azabal et une formidable révélation, Nisrin Erradi. Jamais le rapport à la maternité n’avait été filmé de la sorte.

Comment l’avenir d’un enfant qui n’est pas encore né plonge celle qui le porte dans autant de tourments ? Puis survient le moment tant redouté : la naissance du bébé ! D’abord, que la mère refuse de voir et de nourrir puis qu’elle appréhende doucement. Elle le prénomme Adam : comme le premier homme sur Terre. Comme s’il fallait repartir à zéro. Créer une nouvelle histoire dans laquelle porter, puis donner la vie ne serait pas un crime. Un monde dans lequel les femmes n’auraient plus à subir leur vie. Une vie dictée par les hommes qui les entourent, qui les oppressent. 

Adam de Maryam Touzani actuellement au cinéma.

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